<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823</id><updated>2012-02-16T03:17:39.541-08:00</updated><title type='text'>DisParaître</title><subtitle type='html'>roman</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>14</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-9169286362214577379</id><published>2009-03-20T13:55:00.001-07:00</published><updated>2009-04-17T01:34:34.063-07:00</updated><title type='text'>Postlude.</title><content type='html'>&lt;div style="TEXT-ALIGN: right"&gt;Depuis que ce texte est là, depuis plus d'un an maintenant, je n'ai jamais cherché à m'incarner dans Rose. J'étais persuadée d'être Jusquiame, de n'être jamais que Jusquiame. Maintenant je sais : Rose - celle qui se veut respirer, qui sait que si elle reste elle va mourir - Rose est aussi moi. Ce qui implique : celle qui l'a inspirée est également Jusquiame.&lt;br /&gt;Je te rassure, Amour : je n'ai jamais cru que ce que je me dois de qualifier comme notre histoire n'était qu'une illusion. Jamais je n'y ai pensé. Mais aujourd'hui j'étouffe et je sais que nous nous sommes embarquées dans ce qu'il ne fallait pas - que &lt;i&gt;je me suis embarquée&lt;/i&gt;. J'ai fait une grave erreur - fait? mais je n'ai rien choisi.&lt;br /&gt;L'horrible dans tout cela est qu'il n'y a ni coupable ni victime - qu'il n'y a personne à haïr et qu'on ne se retrouve qu'à en vouloir à la vie même d'avoir osé nous compromettre.&lt;br /&gt;Dear Love, je me dois de te laisser. Parce que j'étouffe. Parce que je n'en peux plus. Je t'en supplie, Amour, je t'en supplie : ne deviens pas comme Jusquiame. Continue à vivre. C'est seul ce que je veux que tu comprennes. Je n'ai jamais cessé de t'aimer. &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-9169286362214577379?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/9169286362214577379/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/postlude.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9169286362214577379'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9169286362214577379'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/postlude.html' title='Postlude.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-7544198608753187503</id><published>2009-03-20T13:53:00.002-07:00</published><updated>2009-03-20T13:54:13.345-07:00</updated><title type='text'>VII.</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;On &lt;/b&gt;l'a retrouvée évanouie sur la plage. Et depuis qu'elle s'est réveillée, elle est comme ça. Elle regarde par la fenêtre. Elle ne réagit plus. Elle n'entend plus rien.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle était comme morte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je m'étais assise près d'elle et tentais de voir ce qu'elle voyait. Ce n'était qu'un banal jardin d'hôpital avec sa pelouse, ses arbres, ses oiseaux et ses malades mentaux en extase devant les petites fleurs. En réalité elle ne regardait rien. Elle était partie. Plongée dans un univers auquel elle était seule à accéder. Je rapprochai la main devant ses yeux : elle ne cilla pas. Oui. Elle était comme morte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je poussai un soupir. Tout cela était de ma faute. Évidemment. Je n'aurais jamais dû partir comme ça. Ne fût-ce que laisser un mot. Une explication. Mais non. J'avais préféré fuir comme une voleuse sans laisser d'adresse. Et voilà. À présent à cause de moi, elle s'était figée et ne revivrait plus jamais. Au moins ne souffrait-elle pas : de temps à autre un léger sourire, comme à la brusque remontée d'un souvenir enfoui. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mais ce n'était pas ma faute. Ce n'était la faute de personne. Simplement je n'en pouvais plus. Je l'avais pressenti au moment de notre rencontre mais j'avais refusé d'écouter mon instinct : elle aimait certes mais, aussi et surtout, elle possédait. L'autre devait lui appartenir tout entier. Comme une succube elle s'appropriait son âme et du jour au lendemain elle devenait lui, effaçait toute singularité en elle. Au début elle avait vingt ans, elle était fraîche et juvénile, à vous tirer les larmes des yeux : voilà pourquoi j'avais dit oui. Mais au fil des ans, cela n'avait fait qu'empirer. Je ne pouvais même pas lui en vouloir : elle ne le faisait pas exprès. Elle pensait même bien faire. Et puis je l'aimais. Malgré tout je l'aimais. Je lui aurais tout passé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Jusqu'à cette balade hors d'Ostende. Elle était terrorisée par l'hors-Ostende, prétextait que c'était dangereux ; m'interdisait d'en sortir. Un jour elle céda – j'ignore pourquoi mais elle céda. Et quand je vis de loin ce qu'était Ostende, cette ville hideuse repliée sur elle-même, à vivre parmi ses morts, et ce qu'était le monde je compris : je ne pouvais plus y vivre. Sinon j'en mourrais. Elle ne l'aurait jamais compris. Alors un matin, pendant qu'elle dormait, je revins plus tôt que de coûtume, je pris mes affaires en silence et je partis. Je m'installai à Liège. Jusqu'à lire cette histoire dans les journaux, une jeune femme retrouvée sur la plage, sans papiers d'identité, léthargique depuis ; la photo qui l'accompagnait ne laissait aucun doute.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Voilà à quoi la possession l'avait menée. Errer dans les rues jusqu'à perdre sa conscience. Devenir une chimère. La possession l'avait menée à perdre son être, devenir quelqu'un d'autre, cette autre qu'elle ne serait jamais : moi. Et le jour où je m'enfuis, ce fut comme si son âme avait déserté son corps. Elle devint morte. À l'exception de son corps elle avait disparu. À sa place : un grand vide. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-7544198608753187503?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/7544198608753187503/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/vii.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/7544198608753187503'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/7544198608753187503'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/vii.html' title='VII.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-6787294535743207983</id><published>2009-03-20T13:53:00.001-07:00</published><updated>2009-03-20T13:53:49.663-07:00</updated><title type='text'>VI.</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;J'ai &lt;/b&gt;&lt;span style=""&gt;tué mon corps et il me semble avoir perdu quelque chose – mais quoi? La pensée se dissipe aussi vite qu'elle s'est présentée. Je lève les yeux. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Tout s'est figé. Le salon resplendit. Le parquet semble doux. Les murs sont rosés. Les meubles sont patinés. Les fauteuils semblent dégager encore une chaleur humaine : le tissu garde l'empreinte de deux corps emmêlés. Je m'assieds quelques instants. Tout est simple ; heureux. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La pendule s'est arrêtée dans un laps de temps qui se prolongera à l'indéfini ; pas un bruit. Plus un bruit. Tout s'est figé ; le temps aussi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je regarde les autres pièces. La cuisine n'en finit pas de s'étioler dans la luminosité, blanche et bleue ; un parfum que je ne perçois ni ne sens, mais je sais : il est là. Un doux quelque chose qui se prépare : deux assiettes, deux couverts déposés sur la table ; ces assiettes blanches à liseré bleu, petites fleurs bleues qui eussent fait réagir mon corps et lui eussent tiré des larmes, douceur. Pas maintenant. Plus maintenant. Ni larmes ni joie. Je regarde. Juste regarde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je ne sens plus rien. Je n'ai plus que les souvenirs ; plus que les souvenirs. La douceur des souvenirs. Tout cela est un souvenir. Pourquoi ce jour? Je secoue la tête : semblable à tous les jours. Ce jour-là : symbole. La quintessence. Faux souvenir. Et vrai souvenir : inspiré des vrais. Page de roman pour l'écrivain...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Par la fenêtre le jardin. Je sors. Plus un souffle. Les arbres se sont figés – pleins à plier. Les ombres rôdent. Soirée d'août. Variations de vert, touches de jaune et de rouge, éclats : la vie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La roseraie. Des gants laissés là, une cisailleuse. Les roses trémières explosent, exclamations et contrastes, rouge rose et pourpre. Tiges purpurines. Gorgées de sang. Je m'y emmêle. Ombres m'englobent. Plonge mon corps dans la terre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je suis si bien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je me relève. Mes cheveux eussent dû retenir brindilles et feuilles : rien. Mon corps n'ai laissé aucune trace – quel corps? Mon corps est mort. Je suis immatérielle. Mon âme en errance. Fantôme, moi l'immatérielle, moi qui ne laisserai plus jamais la moindre trace ; moi qui suis la trace de ce qui a vécu. C'est moi qui porte les traces. Mes mains sont couvertes de sang – les aiguilles de pin dans ma peau, dérangées, blasphème à l'immobile&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'atttends. Allongée dans le fauteuil. Les yeux ouverts. Je souris. Rien ne se passe. Je me demande si c'est ça la mort : vivre à l'éternité dans votre plus beau souvenir. L'instant qui a marqué toute votre vie. L'instant qui aurait marqué toute ma vie. Mais si c'est l'instant qui a marqué toute ma vie, où est Rose?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Et je constate : l'instant qui a marqué ma vie ne s'est pas passé dans la maison. Au coeur d'Ostende. L'instant de ma vie au coeur d'Ostende. Il n'y a qu'un coeur à Ostende : le cimetière. Là où les corps retournent à la terre et où les amoureux s'embrassent. Où les couples se scellent. Fin de la vie, début de tout. L'instant de ma vie ne peut qu'être là.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je jette un dernier regard sur les roses et saute par-delà la grille.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Pense encore retomber lorsque mes pieds se posent sur le sol. M'étonne du sol : donnée réelle quand mes pieds ne le sont plus – suprématie du réel. Alors que tout ça, tout ça n'est qu'un souvenir. Mais les points MIM – ces infinis de points MIM – sont bien réels : c'est les revivre, sans cesse, tous en même temps qui les rendent irréels – irréels et cauchemardesques. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La rue m'apparaît telle qu'elle m'est apparue il y a très longtemps lorsqu'Ostende m'était étrangère et que je ne l'avais pas encore reliée au nom de Rose. À l'époque il y avait des travaux, tout bourdonnait et nous devions nous tenir fort la main pour ne pas shooter dans les amas de cailloux, nous étaler. Les hommes du chantier clignaient des yeux quand ils nous voyaient et sifflaient, mépris ou drague. L'un d'eux m'avait même prise à parti une fois, serré le bras, sourire câlin : j'avais hurlé, Rose avait débarqué et lui avait collé son poing dans la figure. En même temps ça me semble bizarre, c'était en pleine après-midi, elle devait dormir à ce moment-là ; peut-être que je confonds avec un autre souvenir – point MIM de mes deux.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; C'était il y a longtemps ; et je me sens rajeunir, moi petite fille alors encore un peu frêle. Nous étions si jeunes, vingt ou vingt-et-un ans peut-être ; je croyais, parce que j'avais tout vu tout savoir de la vie et je dissertais longuement à Rose qui m'écoutait, sage, et inclinait parfois la tête. Nous errions dans les rues – nous n'avons jamais fait qu'errer – jusqu'à une heure si tardive que ses yeux se fermaient tout en marchant. Moi je voulais continuer, Ostende m'était inconnue et je voulais tout savoir, tout savoir d'elle, elle commençait par protester puis se taisait, et je souriais : elle m'aurait tout passé. Les doigts de sa main qui cajolaient ma paume. Nous finissions par nous poser sur la plage, allongées entre les dunes ; elle posait sa tête contre mon épaule et s'endormait. Nous restions là jusqu'à l'aube, c'était l'été, au lever du jour je me déshabillais et plongeais. Et le sel laissait ses marques sur ma peau, éclaircissait mes cheveux, je plongeais et les yeux grands ouverts contemplais les fonds. Mon corps à la surface. Puis je me retournais, planche et me faisais noyer par Rose, qui posait sa tête sur mon ventre et jouait au sous-marin thermo-nucléaire. L'amour dans l'eau nous l'avons fait si souvent, à ces heures-là où il n'y avait personne, cinq, six heures du matin, et c'était comme retourner au ciel originel : un ventre empreint de chaleur où nous serions restées collées, même poche et mêmes veines.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je me souviens d'un matin sur la plage, moi en tailleur, elle allongée la tête appuyée sur l'une de mes cuisses. Elle dort. Je caresse ses longs cheveux. Si paisible. L'une de ses mains à l'abandon, toute petite, recroquevillée sur le sable. Ses traits apaisés. Je songe que je suis heureuse ; heureuse à la contempler. Ses traits parfaits. Ses petites mains. Sa peau blanche. Sa bouche de cire éclatée. Ses narines impassibles. Sa perfection suprême : la délicatesse de ses formes. Poitrine fleur de cerisier. Hanches nid pour petites filles. C'est à moi. C'est le corps qui m'appartient – d'autant qu'à l'époque elle ne virevolte pas encore : Rose à peine éclose, timide et diurne.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ce matin-là je me suis dit que mon bonheur était ainsi et que je ne voudrais pour rien au monde en vivre un autre. C'est ce matin-là que j'ai décrété : à cette femme, ma Rose, ce petit bout de femme, je donnerais tout. Jusqu'à mon oxygène. Cette femme serait ma vie. Et le jour où elle ne serait plus là, la vie ne serait plus non plus. On devrait parfois réfléchir aux conséquences de ses serments.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je me rappelle cet instant et je me demande pourquoi ce n'est pas celui-là, qui a été choisi (cet instant, de petit matin et la lumière d'à présent, crépusculaire). N'est-il pas responsable de mon chaos?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je passe près de cafés que nous avons peu à peu cessé de fréquenter, manque de temps ; manque de courage pour prendre le temps. Les terrasses sont désertes. Pourtant il fait doux. Chaleur monte de la terre. Comme si tout le monde nous avait précédées, indiqué la marche à suivre ; nous avait dit « cache-toi de la lumière et tu vivras dans les étoiles ». Nous enfermer chez nous et ne nous retrouver qu'au creux de ce chez nous, à l'abri des regards du monde. Et maintenant le monde est désert. Les hommes ont déserté le monde, Rose a déserté le monde avec eux et nous avonc gâché la possibilité de communier avec lui ; tout ça pour ça, &lt;i&gt;vivre dans les étoiles&lt;/i&gt; – mais qu'est-ce que ça veut dire, &lt;i&gt;vivre dans les étoiles&lt;/i&gt;?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Un jour assises à l'un de ces cafés nous avons bu plein d'alcool et nous avons erré aux alentours complètement bourrées, le nez dans les baraques à frites ou sur nos reflets dans les vitrines à nous extasier sur un je ne savais et ne sais toujours pas quoi ; elle qui redessinait mes sourcils, moi à caresser sa bouche, nous murmurions sans cesse, l'une après l'autre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Nos corps sont collés et ils ne pourront jamais plus se décoller et comme ça nous resterons pour toujours ensemble &lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;span style="font-style: normal;"&gt;Et c'est vraiment ça que nous voulions, rester pour toujours ensemble, nous le murmurions en nous fixant droit dans les yeux – nos yeux embués d'alcool – comme une prière : je comprimais ses mains dans les miennes, je murmurais de plus en plus vite, je sentais l'extase monter. J'étais une fervente. Tandis qu'elle se contentait d'accepter que j'étouffe ses mains et de suivre de sa bouche les mouvements de sa bouche – avant de l'embrasser avec avidité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Là non plus il n'y a personne. Ce n'est pas cet instant-là. Je quitte les lieux et continue à marcher, ni curieuse ni terrifiée : ces sentiments-là je ne les connaîtrai plus.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ces rues toutes les mêmes. On s'y perdrait. Nous nous y sommes déjà perdues : instants de douleur exquise où la panique nous prenait, nous errions desaxées pendant des heures avant de nous rendre compte que nous avions frôlé la maison des dizaines de fois. Ce lieu est un lieu de fous : je ne sais qui en a fait le plan, mais il a dû s'amuser. Tout chambouler. Passer un coup de fer, histoire de lisseté. Puis touiller au-dessus une baguette magique pour que les repères disparaissent à chaque fois. Le plus fou finalement, ici, c'est de ne pas se perdre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; À présent je ne me perdrai plus. Les lieux sont figés ; leurs repères aussi. Le souvenir est si ancré qu'il me semble presque apercevoir l'empreinte de mes pas sur le goudron laqué : je n'ai plus qu'à suivre. Mais si le souvenir est si ancré, pourquoi est-ce que je ne me le rappelle pas?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je ne savais pas qu'on pouvait encore se poser des questions quand on n'a plus de corps et presque plus d'âme. Ça doit être ancré dans le coeur, alors : l'éternelle inquiétude. L'amour n'existe que lorsque la peur de perdre cet amour est ancrée ; lorsqu'on constate que la mort rêgne en maître et qu'il faudra renoncer à tout cela. La seule source de bonheur à laquelle on peut puiser, c'est de se persuader que ça n'arrivera que dans des milliards d'années. Voilà pourquoi l'amour fait si mal : cela ne durera jamais des milliards d'années. Cela ne durera au mieux que toute une vie. Et dire que je n'y ai même pas eu droit.  À toute une vie. Quatre-vingts ans. Je n'ai eu droit qu'à une pauvre décennie. À quel point la vraie vie, brêve. Si brêve. L'amour a ce tort-là : on oublie ça. Et quand la fin est là : on ne s'en remet pas. Et on meurt avec les souvenirs plus tôt que prévu. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Oui. La vie est brêve. Cet instant-là a eu lieu il y a une dizaine d'années et je ne me souviens déjà plus de ce qui faisait son essence. La vie est brêve et passe trop vite. Cette vie si fragile : à peine avons-nous quitté l'instant que déjà il s'effrite et tombe en poussière ; et que, nous avons beau avoir saisi cet instant comme le plus important, ça n'y change rien : plus le temps passera et plus le vide prendra la place du souvenir. Le vide. Car c'est ça, ce n'est que ça : le vide n'est tout simplement que du vide. Nous pauvres naïfs, nous imaginons que l'amour comble ce vide. Mais quand l'amour meurt, que reste-t-il? Des souvenirs qui eux aussi, finiront par disparaître, et rien n'aura jamais eu lieu. Le vide.)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ça ne m'effraie pas. Je ne fais que constater. Ou du moins, ça ne m'effraie plus : quand j'avais un corps tout ça me traumatisait. L'oubli. L'abandon. La disparition. La mort. Plaies quotidiennes. Souvent je pleurais. J'évitais que Rose fût là. Je pleurais tout mon soûl. Puis quand elle était là, je souriais et je faisais comme si rien ne s'était passé. Pourtant j'y pensais. Je ne cessais d'y penser. Sa main dans ma main se couvrait de mouches. Ses cheveux tombaient par poignées. Sa peau se soulevait sous l'éclosion des oeufs. Alors je fermais les yeux, prétextais de vouloir prendre une douche et m'enfermais dans la salle de bain. Là je songeais à Schubert. &lt;i&gt;Winterreise&lt;/i&gt;. Comment pouvait-on composer sur ça alors qu'on savait qu'on allait mourir?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'ai constamment cherché une solution pour me consoler. Aujourd'hui je sais qu'il n'y en a pas. Les soi-disant consolations qu'on peut trouver dans un &lt;i&gt;carpe diem&lt;/i&gt;, ou dans la pensée que l'amour survivra peut-être à la mort n'en sont pas : tôt ou tard la disparition vous rattrape et vous constatez. Le &lt;i&gt;carpe diem&lt;/i&gt; n'a laissé que du dégoût parce qu'on a trop joui. L'aimé mort qu'on implore pour qu'il vous fasse un signe ne répond pas. Il n'y a aucune solution. Et il faut vivre avec ce poids. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mais j'ai réussi là où tout le monde a échoué. Je suis un fantôme. Je vis dans un instant qui ne s'effritera jamais. Le plus beau des instants que j'aie pu vivre. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Sauf que je ne m'en souviens pas. Voilà pourquoi je marche. Je marche pour me souvenir. Le soleil est doux et les rues sont laquées. La ville est déserte. Que Rose et moi. Que Rose et moi au monde. Voilà un beau souvenir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Au coin des rues des boulangeries. Tôt le matin, quand nous avions fait la smala toute la nuit et que, faute de fatigue nous crevions de faim, nous nous pointions dans le quartier des boulangeries et nous nous précipitions dans la première ouverte. Il y avait là tous les paumés, ceux qui ne supportent plus la lumière du jour et ceux qui vivent de leur corps pour donner la jouissance – putes comme gogo dancers. Les boulangers souriaient, nous étions tous des habitués : nous avions droit au meilleur pain pour presque rien. Je me demande si ce n'est pas là que lui est venue l'idée de vivre la nuit, de faire de son corps une oeuvre d'art à paillettes : elle restait sidérée par les danseuses de cabaret qui, malgré leur maquillage dégoulinant, malgré leur tenue minable aux premières lueurs du jour, gardaient les mains fines et blanches, des chevelures hallucinantes et des yeux emplies d'étoiles.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Certains se demandaient ce que nous faisions là, nous qui appartenions au jour. Nous répondions que nous ne savions pas. Que peut-être nous tenions jusqu'au matin pour voir réapparaître l'extase de la lueur après les ténèbres. À l'évocation des ténèbres les filles et les garçons pouffaient : la nuit n'avait rien à voir avec les ténèbres ; c'était juste un autre monde. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose était fascinée à cette phrase. Un autre monde. Elle qui n'avait jamais connu qu'Ostende  rêvait à d'autres mondes : à défaut de s'évader, on pouvait toujours créer du neuf à partir du connu. Un autre monde. Elle restait songeuse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle avait fini par y accéder, à cet autre monde. Elle était devenue papillon de nuit. Pourquoi m'avoir quittée? J'étais le dernier lien à son passé. En s'évanouissant, elle avait rompu ce lien. Et rien n'avait plus lieu. Elle avait disparu et tout, tout avait été détruit.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; À présent les boulangeries sont béantes, la chaleur semble émaner que je ne sens pas. Des petits pains restent à cuire sans que personne ne les surveille : je ne perçois plus leur odeur. Je ne percevrai plus jamais leur goût. Je ne pourrai même plus les saisir. Je hausse les épaules. Mieux vaut subir ça que la douleur perpétuelle d'avoir perdu l'être aimée. Ne plus rien sentir que trop ressentir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Pas un nuage. Le ciel est d'un bleu imperturbable. La douceur monte des rues. Les ombres sont démesurées. Je cherche des yeux la mienne – bien sûr que non : je n'en ai plus. Je lèverais la main pour protéger mes yeux du soleil ça ne servirait à rien : on verrait à travers. Et ce qu'on y verrait : rien. Une ombre. Je m'étonne de ne pas pouvoir passer à travers les murs. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le cimetière n'est plus très loin. Des échos de corps en décomposition traversent parfois les rues. Des petites filles en robes de tulle traînent des pieds, un nounours ensanglanté couvrant leur visage. Des jeunes femmes aux épaules striées de coups de couteaux, cuisses hémoglobineuses courent de douleur, un hurlement sans fin, puissance démentielle, projeté du fond de leurs poumons. Les fantômes ne sont jamais de vieilles personnes : toujours des gens emplis de sève, explosion de vie, que la cruauté d'autres gens a brusquement arrachés à la terre et voués à une agonie sans nom. Les fantômes ont toujours le corps couvert de sang, et le visage trempé de larmes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ils ne me voient pas. Trop possédés par leur douleur. Je fais à peine attention à eux : mes yeux tout entier sont fixés vers le cimetière. Le dénouement est proche. Bientôt je vais savoir. Il ne m'apparaît pas que mon corps est lui aussi couvert de sang, et que de mes yeux les pleurs ne cessent de s'échapper : moi aussi, je suis un fantôme. Mais mon coeur continue à battre. Mon coeur est empli d'inquiétude. Quel est donc cet instant?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'atterris sur le sol sans bruit. J'ai dû escalader la grille et m'envoler par-dessus les pointes acérées : en temps de corps c'eût été l'extase. Cela me fait sourire : du point de vue de l'étymologie, l'extase c'est maintenant. Tous les fantômes sont en extase. Du point de vue du sens : une aberration. On ne peut pas être en extase lorsqu'on ne fait, ne serait-ce que s'inquiéter.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Autour de moi les fleurs explosent. Les vivants doivent passer là en volant : le parfum doit être insoutenable tant il résonne. Moi-même je me sens traversée d'ondes de parfums : particules en offrande qui arrosent l'air et copulant avec lui donnent envie de suicide, histoire de goûter à la fameuse &lt;i&gt;extase&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je n'avais jamais remarqué à quel point les fleurs sont lourdes et gorgées de sève en été. C'est un paradoxe : la plupart de nos beaux souvenirs avec Rose sont d'hiver. Je ne l'ai rarement vue aussi vivante que dans ce cimetière, à tourner parmi les pétales en envol des fleurs de cerisier mêlés à la neige. Souvent elle s'abandonnait sur un tapis de pétales blancs, ses longs cheveux bouclés se mêlaient à l'immaculé, son visage de profil, les yeux clos : un vrai tableau de Raphaël. Sa main caressait de temps à autre les pétales, ses poumons s'emplissaient du parfum, ses joues rosissaient, un fin sourire se dessinait : elle était heureuse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose est une fleur d'hiver qui ne dit pas son nom. Voilà là où nous nous sommes trouvées : je suis une fleur qui n'en sera jamais une. Jusquiame. La fleur des catacombes. Plus que toute autre je contiens la mort en moi : je me nourris des restes de chair en décomposition. Je vis sur ce qui ne vit plus. Je vis sur ma vie morte. J'ai mis à mort mon ancienne vie, je me suis empli de sève et j'ai explosé. Depuis que Rose a disparu j'ai fait la même chose : j'ai mis à mort ma vie. Je me suis mise à mort : Rose était ma vie et Rose appartient désormais au passé ; et je ne peux vivre avec un cadavre. Mais on ne peut renaître de soi-même, à moins d'être phénix : je suis condamnée à errer pour l'éternité. À ne disparaître ni ne réapparaître. Pour disparaître il faudrait quitter mes souvenirs. Et mes souvenirs sont tout ce qui me reste. Comment tuer aussi mes souvenirs? J'ai trop goûté à la mort. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nous sommes des jumelles dont la vie de l'autre, &lt;i&gt;in utero&lt;/i&gt; a pompé celle de l'autre, sans qu'on s'en aperçoive, jusqu'à ce que le ventre libère le passage au corps mort et garde l'autre gorgée de sève. L'autre c'est Rose. Elle a pompé ma vie. Je ne dis pas que c'est mal : elle a pompé ma vie tout en me donnant la plus grande extase. Il est normal qu'une fois que tout s'est fini, à mon tour je m'étiole. Chacune son dû. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Les cerisiers sont à présent emplis de cerises, grosses comme un poing. (Si le monde avait vécu dans cet instant-là, nul doute que cela eût éradiqué la famine universelle.) Je ne reverrai plus jamais les fleurs de cerisier. Voler au vent. Rose se laisser tomber dans un lit de pétales blancs. Masi ce sont des souvenirs : ils ont beau être mort ils vivent encore en moi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La chaleur – comment puis-je encore ressentir de la chaleur? – s'est immiscée dans mon coeur et se propage. Je suis tout près. En plus de la chaleur le tremblement : tout mon être perçoit. Ce être qui n'a plus aucun moyen de sentir. Je perçois. Une boule s'immisce au fond de ma gorge et grossit : un cancer. Peur soudaine.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je voudrais revenir en arrière. Mais c'est l'inconvénient des instants figés : on ne peut ni revenir en arrière ni avancer. C'est ainsi. Il va falloir affronter.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Affronter quoi? Je n'ai aucun souvenir négatif avec Rose. La paranoïa serait-elle donc, elle aussi, fruit pourri du coeur?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je sens le grand battement du monde se réveiller peu à peu, accompagner le moindre de mes pas. Boum. Poser la main sur un tronc d'arbre. Boum. Cligner des yeux. Boum. Constater l'état de mes mains, couvertes de sang ; boum celui de mes pieds, éraflés, défigurés et gris. Boum. Mes mains portées au visage. Les égratignures sur les joues, innombrables. Boum. Mes cheveux qui tombent par poignées.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'ai peur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Boum. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La nature se rebelle, les cerises tombent, les feuilles jaunissent et tout se met à virevolter, c'est déjà l'automne&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le ciel se couvre de gros nuages gris, le vent souffle, les oiseaux s'envolent,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le paysage défile, des vallons des allées des arbres, tout pourrit au fur et à mesure, et quand tout est pourri, soudain les tombes, un banc, deux femmes sur ce banc, main dans la main, la tête de l'une sur l'épaule de l'autre : Rose et Jusquiame.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le temps s'arrête. Les nuages se dissipent. Les fruits repoussent. Le vent se calme. Soleil timide. Pépiements d'oiseau. Le battement s'apaise. Je me souviens.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elles ont à peine vingt ans. Leurs peaux sont lisses. Leurs corps resplendissent. Elle ne sait pas qu'Ostende elle va la quitter encore une fois, deux fois, mais qu'après elle ne repartira plus jamais. Elle ne fait pour l'instant que s'émerveiller : Rose et elle viennent de se rencontrer, l'amour vient d'éclore, elle sait malgré son jeune âge que celui-là sera l'essentiel – que tous ceux qu'elle éprouvera par la suite ne seront pas aussi forts. N'imagine pas que celui-là sera le dernier.Qu'après celui-là, son coeur sera brûlé et qu'elle n'aura plus ni le goût ni la force d'en vivre un autre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle est heureuse. Elle n'imaginait pas que cela pût se faire et les voilà, sur un banc du grand cimetière, main dans la main, sa tête sur l'épaule de Rose. Le temps semble s'être arrêté. Elle lui dépose de temps à autre un baiser sur la joue ; leurs corps parfois se serrent et son visage entre ses mains, elle s'émerveille d'une telle douceur. D'une telle fragilité. Son coeur fond. Doucement il fond. Pourquoi a-t-elle été séparée d'elle pendant tant d'années? Elles ont déjà perdu vingt ans...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose sourit. Jusquiame s'extasie. D'un geste timide elle passe un doigt sur les lèvres fraîches ; les yeux de Rose se ferment. Elle s'abandonne. Soudain ce qu'elle veut, ce qu'elle a toujours voulu : leurs bouches se rencontrent. Instant de surprise puis la constatation : c'est divin. La douceur de la bouche. Cette taille si fine qu'elle serre entre ses mains. L'émoi entre ses cuisses. Et dire que cela doit cesser un jour ! Elle n'y veut pas songer ; veut avant tout profiter de l'instant – les instants sont si brefs.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Leur baiser cesse et elle lui caresse le visage. Son sourire. Ses yeux. Elle sait. Elle sait : elle l'aimera toujours.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; C'est alors que ses mots viennent : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Je t'aimerai   toujours.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose écarquille les yeux. La bouche tremblante et le sourire gêné : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Mais on ne se   connaît que depuis quelques semaines...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Jusquiame secoue la tête et rit : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Moi je sais que je   t'aimerai toujours.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;   &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Comment peux-tu en   être si sûre? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;   &lt;/p&gt;   &lt;/li&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;C'est gravé   là.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Tapote son coeur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;C'est gravé   là et crois-moi que le jour où ce ne sera plus gravé   là, eh bien je n'existerai plus. Et encore je suis sûre   que le jour où je serai morte il y aura encore des traces de   toi dans mon coeur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose rougit et baisse la tête. Sans doute la première fois qu'on lui dit de telles choses. Ses yeux s'emplissent de larmes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Jusquiame ne le remarque pas et s'extasie :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Toi aussi tu   m'aimeras toujours ! C'est inscrit. Nous devions nous rencontrer.   Et nous ne nous séparerons plus. Plus jamais. Nous sommes   faites l'une pour l'autre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose détourne le regard. Toujours ce sourire. Finit par opiner, timidement et murmure :&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;Oui... Bien sûr...   Bien sûr qu'on s'aimera toujours...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Semble vouloir ajouter un mot. Mais sa bouche se referme. Son regard revient sur Jusquiame et la constate : toute à sa joie elle ne remarque rien. Ne voit pas son hésitation. Ne voit pas sa gêne. Semble se raviser : allons bon. Ça peut être bien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Laisse Jusquiame la couvrir de baisers. Alors qu'elle disparaît sous les embrassades jette un regard de travers, affolée – comme si ça lui pesait.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Comme si elle regrettait.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mais bon. Ça semble lui faire si plaisir, à Jusquiame. Jusquiame amoureuse. Jusquiame qui ne voit rien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Moi j'ai vu. J'ai compris. Et mon coeur s'est arrêté, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien, soudain, qu'une immense douleur : j'ai compris. Je m'écroule.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ce jour-là je l'ai forcée. Je l'ai forcée à m'aimer. Et voilà, des années après, ce qui est arrivé : épuisée de son emprisonnement, et de son emprisonnement pour rien – qu'y avait-il de si terrible à quitter Ostende? –, elle a fini par partir, respirer enfin ; enfin libre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mes pas ensanglantés m'ont conduite jusqu'à la mer et je me suis précipité dans l'eau, j'ai plongé et j'ai attendu. J'ai attendu jusqu'à ce que ma douleur s'étiole et que je m'étiole avec elle, que les dernières particules de moi liées entre elles se disloquent ; et j'ai disparu à jamais, mes particules mêlées aux ondes, au vent, au sable et à la terre. Rien n'existe plus que mon regard. Mon regard en proie perpétuelle aux larmes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Voilà comment je suis devenue la Plainte. Les soirs de trop grande douleur, lorque la terre martyrisée hurle, c'est moi qu'on entend. C'est moi qui porte toute la douleur du monde. Je suis la Plainte. Et il n'y a plus aucun espoir pour revenir en arrière. Mon âme est dissoute. Mon corps est pourri, enseveli quelque part. Ma mémoire est morte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rien n'aura eu lieu.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-6787294535743207983?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/6787294535743207983/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/vi.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/6787294535743207983'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/6787294535743207983'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/vi.html' title='VI.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-1112392909882300019</id><published>2009-03-20T13:52:00.000-07:00</published><updated>2009-04-17T01:25:55.870-07:00</updated><title type='text'>V.</title><content type='html'>&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; PAGE-BREAK-BEFORE: always; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;b&gt;Je &lt;/b&gt;revins à moi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La première vision qui me vint fut le réveil. Je constatai l'heure. 9H45. Combien de temps avais-je dormi? &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La seconde vision qui me vint fut la place libre à côté de moi. J'étendis le bras pour vérifier. Personne. Je refermai les yeux sans plus y penser. Encore dans les vappes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je rouvris les yeux. Toujours pas là. Levai la tête avec lourdeur : la pièce était plongée dans un gris morne. Soupirai et me levai. Fronçai soudain les sourcils : mal de crâne infernal. Je traversai la pièce en me tenant aux murs ; une main sur l'occiput. Manquai m'écrouler dans la cuisine.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Par les volets entrouverts on apercevait Ostende. Grise. Brume. Je haussai les sourcils : du brouillard. Du brouillard à midi, opaque comme du coton plongé dans de la vase. On avait tout vu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je parcourus la maison. Aucune trace de Rose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Jetai un oeil dans le jardin. Pas une âme qui vive. En plus de ça on n'y voyait rien – Ostende n'était plus qu'une nuée de cimetière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Rose n'était pas là.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je bus mon thé sans me rendre compte que l'heure ne s'y prêtait pas. En vérité, je n'avais plus conscience de l'heure : je n'avais plus conscience que de l'absence de Rose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Pour notre plus grand bonheur et notre plus grand malheur nous avions refusé de nous encombrer de cette puce électronique à visage humain : le téléphone portable. Elle m'avait quelquefois harcelée pour en avoir un ; j'avais toujours refusé, prétexté que cela troublerait notre tranquillité. Avait doucement hoché la tête. J'avais souri. Elle me passait vraiment tout. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Et maintenant, à cause de mon entêtement, j'étais sans nouvelles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Une voix en moi – la même que celle d'Écume – susurra de me calmer. C'était complètement stupide – elle était peut-être sortie faire des courses et puis, tu ne sais pas ce qu'elle fait de ses journées, à ton avis, pourquoi le jardin est si bien entretenu, tu n'es vraiment qu'une, etc., ce qui n'empêcha pas mon thé de refroidir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'allai coller mon nez à la fenêtre et constatai la vue. D'un côté la plage et ses longues allées grises, mer brumeuse ; de l'autre côté la rue sans nom. Rien n'avait de nom ici. Rien n'avait de nom que Rose, Jusquiame et Ostende. La rue était déserte et battante était ma tête : j'avais peur. Je me rendis soudain compte que j'avais peur. Je ne me le fusse jamais avoué ; mais j'avais peur. Où donc avait-elle pu aller?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je m'écroulai sur le canapé. Ma respiration était saccadée ; mes yeux se fermèrent d'eux-mêmes. Je me mis à attendre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Le jour passa et je me métamorphosai en capteur sensoriel à réflexivité incorporée : j'évoluai peu à peu en légume, puis en chair à vif. Les larmes coulèrent. Elle n'était pas rentrée ; elle ne rentrerait pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La peur était si infecte qu'elle m'acidifia la bouche : j'allai vomir dans la salle de bain. Je voulus saisir l'une des deux brosses à dents. Mon geste s'immobilisa : il n'en restait plus qu'une. La panique me gagna. Je fis les armoires les meubles les recoins : rien. Plus rien. Tout avait disparu. Elle était partie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Pourquoi?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je revins à moi la nuit. Je restai un instant écroulée sur le plancher, fixer par la fenêtre un jardin nébuleux : pleine lune. C'était beau la nuit, pleine lune – la nuit pleine lune et aucune autre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je ne me rappelle pas comment je fis pour sortir. Toujours est-il que je me retrouvai en plein milieu de la route, par une nuit sans couleur, sans manteau, à galoper comme une amante au coeur crevé jusqu'à un night-club pour homosexuels&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;- Hello, sussurra une voix derrière moi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me retournai : la fille qui s'était fichu de moi, la dernière fois. La voix qui sortit de ma bouche m'effraya &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;-Rose est là?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Elle ouvrit de grands yeux. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;- Mais non. C'est son jour de repos, aujourd'hui. Tu le savais pas?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;- Si. Mais...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je baissai les yeux. Comment osais-je raconter notre vie à une inconnue? m'eût dit Rose. J'achevai ma phrase.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;- Non. Rien. Merci bien. Bonne soirée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Sourire. Haussement de sourcil.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je m'effaçai.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me mis à erre indéfiniment dans la nuit grise.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Passèrent des voitures que je ne remarquai pas.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Mes bras étaient couverts de frissons tandis que je m'approchais de la plage, larmes d'eau de mer en &lt;i&gt;microcuts&lt;/i&gt; sur ma peau nue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'enfouis mon corps dans le sable. Le sable était froid. Le sable était empreint de fissures d'eau de mer. Je trouvai là un apaisement : le sable rêche et gris, la froissure de la mer, son hurlement, plainte éternelle. Et les larmes de mon corps vinrent se mêler aux larmes d'eau de mer. Et je fermai les yeux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Mon coeur, tout au fond du corps battait avec un tremblement douloureux, un écho qui jaillissait avec démence, hurlement, insoutenable, déchirure des chairs en pleurs infinis, le sel sur la plaie vive&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'ouvris les yeux. La nuit s'était dissipée ; la mer était grise. C'était un petit ciel ; un ciel comme on n'en voyait qu'à cet endroit ; nuage gris sur ciel trouble.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Des enfants jouaient au loin. Hurlaient de joie. Je devins sourde. La mer était souffrante, je contemplai la mer et je me dis que la mer se devait d'être grise, que la mer ne révélait sa profonde nature que lorsqu'elle était grise.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me remis à errer indéfiniment le long de la plage. Les enfants étaient partis pour l'école. Il n'y avait personne. Personne. Plus personne. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je savais qu'il me fallait continuer la vie telle que, auparavant elle était c'est-à-dire boulot, contraintes, nourritures ; je le savais ; mais je décidai de m'en passer. Je décidai de n'avoir plus envie de rien. Tant que Rose ne reviendrait pas je n'aurais plus envie de rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La mer se déchaîna. Elle étendait ses longues tentacules grises à mon passage ; semblait vouloir me happer. Faire de mon être une haplologie : disparaisse le coeur, vogue l'âme, s'envole le coeur...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Plus un bruit. Plus une vision. Ostende semblait vouloir se noyer dans l'indistinct : nuée grise qui prenait peu à peu possession de tout, brouillait frontières et contenus. Brouillard de cimetière. Moutons de poussière&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je revins à la maison sans trop savoir comment. Elle m'apparut au détour d'une rue que je n'avais pas réussi à distinguer des autres ; malingre et ridicule. Je saisis les clefs. Poussai la porte. Découvris l'intérieur : bordel monstre. Avais-je vraiment laissé la maison ainsi?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me baladai dans les pièces à la recherche d'un je ne sais quoi, d'un je ne sais quoi qui eût eu pour but de me prouver que j'avais pris peur pour rien. Le résultat fut pire : non seulement le bordel était monstre, mais en plus, en plus, toutes les photos avaient disparu (toutes les photos sauf deux, planquées dans le tiroir de ma table de chevet, que j'enfouis dans ma poche avec tremblements). Et pas disparu comme si quelqu'un (j'imagine Rose) les avait prises, non : comme si elles n'avaient jamais existé. Aucune trace de peinture plus claire sur les murs. Aucune ligne d'immaculé au milieu d'un océan de poussière. Comme si elles n'avaient jamais existé. Comme si ce qu'elles avaient immortalisé n'avait jamais eu lieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je sortis dans le jardin. L'herbe avait poussé de trois centimètres. Les fleurs abandonnées, à présent en surnombre étouffaient ; les roses trémières inclinaient tristement leur tête. Un jardin encore joli ; mais dont plus personne ne s'occupait depuis des semaines.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Rose n'était pas revenue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'allai m'écrouler sur le lit, nostalgique. Je m'en échappai aussitôt avec horreur : les draps sentaient la moisissure. Tout était en train de pourrir. Les meubles luisaient de la végétation qu'ils enfantaient ; les papiers avaient jauni. Toutes les armoires puaient la décomposition. Tout était en train de mourir. Les larmes se mirent à couler et je me mis à courir sang aux tempes, les dernières photos de Rose froissées dans ma poche.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me mis à courir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Les rues défilent dans ma mémoire je ne les distingue pas. Mes pieds heurtent des choses. Mes mains frôlent des murs. Et les larmes coulent. Toujours les larmes coulent. Coule un torrent de larmes de mes yeux qui brouille ma vue, absinthe interne, visions monstrueuses de passage. Je cours. Mes pas s'enfoncent dans le sol. Je cours. Je n'ai plus d'air. Plus d'air dans mes poumons. L'air file. Autour de moi. L'air de mes poumons fuit autour de moi. Fuit à mon approche.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je suis la douleur. Mon corps n'est plus qu'un ramassis de chair. Mon âme corrompue par un passé qui n'a pas vécu. Mon regard hanté par la vision d'une Rose illusoire. Je suis la douleur. Mes chevilles qui se tordent. Mes mains qui se convulsent. Ma gorge qui se fend. Je suis la douleur. Somme toute est-ce ça, la vie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je finis par enliser mes pieds dans le sable et stoppai. En face de moi la mer grise. Mes pieds prisonniers du sable gelé. Je m'écroulai.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Le corps vint heurter le sol friable et ma tête résonna, et mes doigts se tordirent au contact du sol, et mes yeux se révulsèrent ma bouche se fendit mes cheveux s'arrachèrent mon coeur ensanglanté se déchira du corps : tout mon être de chair se dépiautait dans le sable, bientôt il ne resterait plus que la carcasse, une carcasse encore tiède d'où jailliraient l'âme, et ma conscience, qui hésiteraient entre le ciel, la terre et la mer mais qui, au lieu de choisir imploseraient, persuadées que, peu importait le lieu, sur ciel sur terre ou sur mer, peu importait, elles ne trouveraient jamais le repos.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je revins à moi en plein coeur de la nuit. J'ouvris les yeux sur la mer grise. Du sang coulait du creux de mes jambes : ma cuisse était maculée d'hémoglobine déjà coagulée. Du sang brûlant, noir. J'y plongeai la main. J'avais oublié ça. Hors de question de retourner à la maison ; et je n'avais pas songé à prendre d'argent sur moi. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je pleurai de honte. Puis je m'enfouis dans l'eau. Elle était gelée, mais je n'avais pas le choix : c'était le sang dans la mer ou le sang sur terre. Le sang dans la mer personne ne disait rien. Je nageai un moment au milieu de mon sang. Je m'habituai à la température. Les douleurs démentielles qui tordaient mon bas-ventre je ne les sentis plus qu'à peine : j'étais gelée. Je n'étais plus qu'un corps dur qui laissait échapper du sang. Parfait macchabée, nuée de mouches&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je savais qu'au lever du jour il me faudrait déguerpir. Trouver un autre moyen. Je m'en fichais. Tournai le regard vers le rivage : tout était gris. Entre la nuit, et le jour seule changeait la teneur de gris : gris brouillard dans la journée, gris cimetière dans la nuit. Mon sang noir. Ma peau grise. Mes yeux éteints. Ma bouche poussiéreuse. Tout était gris. Laiteux. Les couleurs étaient mortes. Rien n'avait plus de goût. Tout était insipide. Informe. Imprécis.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Inexistant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Définitivement inexistant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;De la meilleure façon de tuer un être.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je n'avais plus sommeil. Je plongeai ma tête dans l'eau visqueuse, et ouvris les yeux. On n'y voyait rien. Le fond était indéfinissable. Je vis passer de petits poissons, des bulles et des muqueuses ensanglantées – sortis la tête en quatrième vitesse, nageai jusqu'au rivage, me rhabillai et me remis à courir. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Toujours courir. Sans plus envie de sommeil mais le corps épuisé. La fin au ventre et le désir mort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je crevais de faim. Je n'avais plus mangé depuis des jours. C'était l'heure où les boulangeries commençaient à ouvrir : l'odeur grasse, presque écoeurante ne cessa de me hanter, me traverser, me secouer – j'étais prise au piège par les croissants tout chauds et le pain fumant. Cessai de courir et collai mon nez aux vitres : une buée folle, des formes imprécises, le hurlement rauque du four à point et soudain, miracle, recroquevillées sur la pelle en bois, encore frétillantes, une demi-douzaine de brioches fumantes et dorées. Je plissai des yeux, suppliante et me mis à baver ; un boulanger qui regardait un instant par la fenêtre m'aperçut, me montra du doigt et, hilare lança quelques mots. Tous se retournèrent. Les sourires apparurent, l'un d'entre eux alla à la fenêtre, l'ouvrit et clama, sourire enjôleur : &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman;"&gt;- Vous voulez visiter mademoiselle?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'abaissai les sourcils, apeurée, fis quelques pas en arrière et détalai. Quiconque m'eût aperçue eût été persuadé que, jeune fille encore à butiner j'étais poursuivie par un homme avide et bourdonnant ; et que le viol avait déjà eu lieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;En réalité je ne savais pas. Je n'étais ni victime ni coupable ; je n'avais rien fait ; je ne faisais que courir. Fuir. Fuir quoi? Fuir la réalité. Aller au devant d'un je ne sais toujours pas quoi pour tenter d'oublier le réel, ce réel qui finirait bien par s'imposer un jour, que je le veuille ou non : Rose était partie et ne reviendrait plus ; effacée de mon existence ; disparue à jamais ; comme si rien n'avait eu lieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;On pourrait se dire de quoi se plaint-elle, elle a déjà les souvenirs. Sauf que. Sauf que les souvenirs, par principe appartiennent au passé ; à la mort ; sauf que les souvenirs concernent des choses mortes. C'est comme planter le cadavre de l'Aimée dans son jardin et attendre qu'il pourrisse. Ça rend fou les souvenirs. Ça rend fou. Autant dire qu'à cette heure-ci j'avais déjà plongé dans la folie : il n'y avait plus temps, ni distinction (fictive) passé/présent ni état d'avancement de la vie. Je ne savais plus quel jour on était. Plus que la douleur. Plus que ça : la douleur. La douleur qui gouvernait tout. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Voilà pourquoi je courus, jusqu'à n'avoir plus d'air et m'étaler les pieds en avant dans le grand cimetière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Il faisait encore un peu nuit. Il était fermé. Il me fallut escalader les grilles. Je fus surprise de ma vélocité à bondir par dessus les pointes acérées ; mais la douleur décuple les forces. J'atterris dans un buisson d'aubépines.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je savais que les fantômes seraient là à rôder ; ces fantômes que j'étais seule à voir. Je m'en fichais. Ne comptait qu'épancher la douleur – faire partir la douleur, faire partir le réel et que l'irréel et le passé retrouvent leur place, que Rose soit là, dans mes bras, à jamais et qu'elle ne parte plus. Quoi de mieux qu'un cimetière pour faire revivre l'irréel et ressusciter les morts?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La première tombe que je frôlai fut celle d'une enfant de huit ans qui vint à moi, l'oeil au beurre noir et la lèvre déchiquetée. Je baissai les yeux : elle était morte violée. Atrocement mutilée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;i&gt;Dis-moi qui t'a fait du mal&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Elle secoua la tête. Ouvrit la bouche : on lui avait arraché la langue. Et sa peau qui pelait. Et son sang qui coulait. Ce n'était qu'un fantôme : elle n'existait plus. Elle n'était plus rien. Elle n'avait plus de conscience. Seule sa douleur subsistait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Les fantômes ne sont que des restes d'immortel des bonheurs ou des traumatismes trop violents pour réussir à mourir. Voilà pourquoi nous nous souvenons. Et voilà pourquoi, aussi, certains d'entre nous ne meurent jamais, et deviennent fantômes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;i&gt;Mais qui nous fait ça&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;i&gt;Que tombe ma jambe&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;i&gt;Je sais le mal se tait&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La petite fille glissa sa main dans la mienne et nous avançâmes dans le cimetière prisonnier du gris, laissant toutes deux derrière nous des traînées de sang. Le brouillard avala le monde des vivants et je me retrouvai entourée de fantômes, qui me dévisagèrent. Silence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je me recroquevillai sur une tombe et me mis à pleurer. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Silence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Même le vent avait cessé de souffler.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Mes larmes qui roulaient le long de mes joues et s'écrasaient à terre avec un petit bruit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;La lumière fade.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Le sang noir qui s'échappait de mon corps, venait maculer la dalle, peu à peu une mare.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Mon ventre hoquète.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Pourquoi m'as-tu abandonnée?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Pourquoi m'as-tu abandonnée?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je regarde le ciel, le ciel n'est plus visible, le ciel n'est plus, seul le brouillard, nuit et brouillard&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Et mes larmes et mon sang, de tous les côtés mon corps se vide, macchabée, mon corps qui n'existe plus&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je pris un couteau et m'ouvris le thorax. Le coeur était là qui battait, battait, assourdissant ; d'un geste je plongeai la main dans ma poitrine et arrachai mon coeur. Je ne sentais plus rien. Je détaillai mon coeur avec une précision toute scientifique : là le ventricule droit, là les artères, là l'oreillette gauche et, au milieu la zone des sentiments. J'écrabouillai le tout avec rage et soulagement. Je ne sentais plus rien. Je ne sentirais plus jamais rien. Fermai les yeux d'apaisement. Qu'il était bon de vivre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je rouvris les yeux. Les fantômes penchaient la tête à gauche ou à droite, les sourcils froncés ; ils savaient combien la mort naît du sang ; or ils me voyaient saigner de partout – même mes larmes étaient de sang –, moi la vivante, et ils ne comprenaient pas. Ils durent en conclure que j'étais immortelle. S'inclinèrent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Moi je savais. Je n'étais pas immortelle. Je n'étais pas le Christ non plus : le sang jaillissait de mon utérus et de mon absence de coeur, non de mes poignets, non de mes hanches – usurpatrice du Christ ; martyr de pacotille. Non. Simplement j'étais vivante ; vivante au corps délabré ; vivante à l'âme souillée ; vivante au coeur arraché ; vivante sans Rose. J'étais vivante et le reste, le reste, eh bien je m'en fichais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Il me fallait juste ne pas penser à Rose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Dans ma poche les photos, je les extirpai et à nouveau je fondis en larmes : Rose était là qui regardait à peine l'objectif, grave, assise devant son thé à l'orange, matinée d'été. Les traits tirés. Le sourire absent. Le regard lourd de reproches. Maintenant je percevais : c'était de ma faute. C'était de ma faute. Si elle était partie. Oui mais pourquoi? Qu'avais-je fait? Je cherchai en vain : je ne voyais rien, rien de grave du moins, qui eût expliqué son geste. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;J'eusse tout à coup voulu qu'elle fût là et l'absence de coeur s'emballa et je me remis à pleurer, malgré le coeur, des larmes bleues et gelées qui vinrent frigorifier le corps. Je me sentis un peu mieux. Et je compris : ce n'était pas mon coeur qu'il fallait tuer. Pour éradiquer la douleur. C'était le corps. Qui portait toutes les sensations. Il fallait tuer mon corps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Il fallait tuer mon corps et laisser l'âme voguer, voguer tout doucement, heureuse dans les souvenirs, inconsciente : ne percevrait pas que ce serait fini.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Il fallait tuer mon corps et je compris tout à coup le meilleur moyen, magistral, immémorable, délivrer mon âme de la douleur en préservant les souvenirs, la laisser s'étioler dans le flou artificiel des souvenirs, heureuse, heureuse, heureuse – la seule et unique façon pour elle de rester à vivre heureuse.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je courus jusqu'à la maison.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Tout était empli de Rose. Mais rien n'était autant empli d'elle que la maison. La maison était le lieu où passé et futur étaient stoppés, où seul le présent régnait en maître, un doux intemporel qui ne pouvait que stagner à jamais. Tuer mon corps dans la maison équivaudrait à ça : l'inscrire pour toujours dans le point moi-ici-maintenant – et ainsi qu'il ne, même tué, cesse de vivre. Vivre sans moi. Dénué de conscience. Heureux pour rien. Lui aussi. Heureux pour rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Revenir à la maison équivalait aussi à se confronter à l'essence la plus pure de Rose. La magnificence mais qui, le jour où elle était en colère détruisait tout. Faisait beaucoup de mal. Se confronter à l'essence – la quintessence de la douleur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Le quartier était à l'abandon. (Je ne réalisai pas que j'y étais revenue sans réfléchir : attracttion inconsciente de mes pas qui, eux aussi se souvenaient.) Les arbres étaient tordus, dépouillés : une neige fine ne cessait de tomber. J'eus froid. Seul mon bas-ventre était brûlant ; le reste était frigorifié. Mes doigts virèrent au bleu. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je retrouvai la maison. Après beaucoup d'errance : elle était méconnaissable. Le jardin était devenu forêt. Le portail était rouillé ; plus poussé depuis des siècles. Le toit tombait. Les fenêtres étaient brisées. Ouragan. Quel ouragan? Quand? Mais &lt;i&gt;quand &lt;/i&gt;était devenu l'absurde : il n'y avait plus de temps – emprisonné qu'il était dans le maintenant. Il n'y aurait bientôt plus d'espace. Quant au moi, il n'avait jamais vraiment existé : &lt;i&gt;nous &lt;/i&gt;plutôt que &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt;. Parce que maintenant que le nous était mort, maintenant, plus rien à sa place.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Sans Rose ma vie n'était plus emplie que de rien. Et il fallait suivre. Le penchant. Suivre. Accepter de sombrer dans le rien. Devenir le rien. Sans Rose la conscience était de trop.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je poussai la porte, doucement – s'écroula dans un nuage de poussière. Tout grinçait. La vieille horloge continuait son tic-tac, inébranlable – tout juste assez sordide pour me donner la chair de poule. Je fis un pas. Le plancher grinça. Je fis un autre pas. Quelque chose remua. Grenier. Tac-tac-tac. Bruits indistincts. Pas étouffés. Course. Rats.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Devant moi le salon. Brol sismique. Canapés défoncés. Parquet grisâtre. Poussière. Tableaux fracassés. Plantes pourries. Cancrelats. Fenêtres explosées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Douleur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je m'agenouillai. Mon visage entre mes mains. Larmes. Larmes bleues. Larmes bleues qui s'en allèrent ruisseler au-delà de mes doigts, s'étoilèrent sur le parquet – et aussitôt tout devint de glace ; les bruits stoppèrent ; les grincements s'étiolèrent ; les meubles furent pris dans la glace ; je ne distinguai plus rien qu'un brouillard laiteux : la pièce avait disparu. Les souvenirs étaient morts. Rien n'avait eu lieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;Je m'allongeai là et restai là longtemps, longtemps, assez longtemps pour qu'il me semble être aujourd'hui restée là une seconde ou des années, sans distinction. Puis je me relevai et m'aperçus que je me sentais légère. Je baissai les yeux et vis que mon corps était resté à terre ; rabougri ; momifié. J'étais sortie de mon corps. J'avais vaincu mon corps. J'avais tué mon corps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style="MARGIN-BOTTOM: 0cm; LINE-HEIGHT: 150%; FONT-STYLE: normal; TEXT-DECORATION: none" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-1112392909882300019?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/1112392909882300019/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/v.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/1112392909882300019'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/1112392909882300019'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/v.html' title='V.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-8771486237072333897</id><published>2009-03-20T13:51:00.000-07:00</published><updated>2009-03-20T13:52:09.134-07:00</updated><title type='text'>IV.</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;Une &lt;/b&gt;des filles de la boîte nous prêta la voiture. J'avais le permis ; je ne m'en servais plus depuis longtemps.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (L'idéal eût été : j'avais &lt;i&gt;tout&lt;/i&gt; oublié. Ainsi j'eusse fait mine de prendre le volant, de tourner à droite et de nous crasher contre le premier mur. Et ainsi, oui, belle mort : mortes ensemble. Mais ces choses-là ne s'oublient pas.)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle n'avait pas le permis ; elle n'en avait pas besoin. À quoi cela eût-il servi? Elle ne serait, de toute façon jamais sortie d'Ostende – sortie sans moi. Moi qui avais le permis.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle hésita longtemps entre quoi choisir. Ferait-il beau là-bas? Comment seraient les gens? Y aurait-il même des gens? La robe blanche ou le pull bleu nuit? Elle opta pour la robe.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nous avions toutes les deux pris des vacances. Je me réjouissais : depuis tant de temps, nous n'avions jamais passé que quelques après-midis réellement ensemble.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Mais comment diantre avions-nous fait pour nous trouver?)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le sarcasme était : nous ne ferions, pour de vrai qu'une hors d'Ostende. C'était réalité à laquelle, sur le coup je songeai, mais avec le sourire : les prédictions ne marchent que si on y pense – si on est obnubilé par. Je secouai la tête.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose rangea la maison en douceur ; la dorloter. Presque une douleur dans les mains lorsqu'elle les passa sur les meubles : quel regard y porterait-elle quand elle reviendrait? Serait-il nouveau? inchangé?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je sentais la peur percer parfois. L'excitation aussi : elle allait enfin découvrir l'hors-Ostende ; elle allait enfin goûter à autre chose. Elle allait enfin respirer un autre air ; d'autres particules que celles des morts. Enfin elle allait vivre ; vivre autre chose.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La veille du départ elle souffla. Regarda le plafond. Les fissures. Happa ma main. La faim au ventre. Tissus sans chaleur : terrorisée.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le matin du départ elle prit son petit déjeuner dans la cuisine, les yeux mangés de fatigue : voilà des années qu'elle ne s'était pas levée à sept heures du matin. Je ne la plaignis pas : vivre de nuit était de toute façon formidable ; qu'on se couchât à sept ou se levât à trois. Elle était juste un peu décalée ; tellement possédée de nuit que, s'en passer une fois, catastrophe : hypertrophie pulmonaire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Par-delà la fenêtre elle contempla le ciel : un ciel rose, timide et ombré ; le genre de ciel qui ne s'efface qu'à sept heures du matin. Écarquilla le regard : son dernier ciel avant l'hors-Ostende.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Se tourna vers moi, me contempla et sourit&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;On y va&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'acquiesçai. Je portai la valise dans le coffre. Jetai un oeil sur elle : elle s'était calfeutrée sur le siège, enfouie dans une couverture ; les yeux avalés par des lunettes de soleil. Un sourire vague aux commissures. Une sainte en lunettes noires.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle ne verrait rien de la route. Qu'importait. Elle ouvrirait les yeux sur un nouveau monde, et elle verrait Ostende de loin, et elle serait contente. Et après on rentrerait.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Mets Eths&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle s'était réveillée peu après le départ. Je glissai le cd dans l'autoradio. C'était en effet l'époque Eths, l'apparente insensibilité de la chanteuse, schizophrénie ambiante&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Tu n'es pas mieux que moi&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; Qui suis toi&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;  Tu ne t'aimes pas&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; Tu n'es pas mieux que moi&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; Si c'est ton jeu&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;  Détruis-moi&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose et moi étions fascinées par les mots incompréhensibles et malsains ; le double corps de la chanteuse ; les froissures de sons emmêlés et rageurs. Si &lt;i&gt;Ailleurs c'est ici&lt;/i&gt; était notre chanson, &lt;i&gt;Détruis-moi&lt;/i&gt; était notre non-sens : notre fascination. Comment pouvait-on détruire ce qui était son double – ce qui était soi? Comment pouvait-on détruire ce que l'on aimait?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nous ne comprenions pas.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; La chanson passait en boucle. Nous la reprenions en choeur. Nous reprenions en choeur des paroles que nous ne comprenions pas. Et que nous adorions. Parce que nous savions : nous n'éprouverions jamais ça. Les mots de Eths étaient de haine. Nous nous n'étions qu'amour. La main de Rose qui dépassait des couvertures était amour. Le crucifix qui se baladait, pendu au rétroviseur était amour – je ne croyais pas en Dieu, mais j'aimais le message : Dieu était amour. Nous étions amour. Nous étions semblables à Dieu. L'Immaculée Rose jouissait du soleil telle une sainte ; moi j'étais la fervente : celle qui croyait de tout son coeur ; croyait en l'amour ; croyait en l'éternité des sentiments ; croyait en nous ; croyait en Rose. Rose était ma dévotion. Rose était ma vie. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Les jambes étendues sur le tableau de bord, affalée dans le siège, la tête en arrière elle profitait du soleil. Léger sourire. Les gens autour de nous, dans les ralentissements contemplaient sa beauté : les enfants collaient le nez à la vitre, ouvraient la bouche et restaient là. Inconsciente elle jouissait. Le soleil. Sa tête murmurait, devait murmurer, murmurait certainement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Comment ai-je pu me passer du soleil&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Tout son corps en émoi sous la chaleur douce, sa tête en arrière dans un mouvement d'extase, son regard dissimulé sous les lunettes de soleil me disaient l'identique : elle regrettait de vivre la nuit. Rien que dans cet instant-là elle regrettait, vraiment ; de tout son corps ; de toute son âme ; de tout son être. Elle regrettait pour de vrai. Ma fierté de lui faire découvrir ça, ma fierté était absolue.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ce jour-là fut empreint d'un soleil comme j'en vis peu : entier et supportable. Infernal et sublime. Un soleil pour Rose. Un demi-soleil eût été déception : elle n'eût goûté à rien . Il lui fallait le soleil entier. Il lui fallait l'univers entier. L'univers entier était pour elle. L'univers entier était elle.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Et la voix de Candice vociférait, langoureusement&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Elle, quelquefois, aurait voulu être elle&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;  Quelques joies pour quelques peines&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Nous nous arrêtâmes sur une aire d'autoroute. Elle sortit le freesbee. Je haussai les sourcils : de ma vie je ne l'avais jamais vue toucher au freesbee.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Peut-être à minuit, bourrée à bloc)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle rigola et le lança. Je l'attrapai de justesse. Elle n'avait jamais été aussi belle : les cheveux ramenés en queue de cheval, les lunettes noires de traviole, T-shirt moulant et baggy dégueulasse – sans oublier les baskets récupérées à l'Armée du Salut. Un vrai miracle.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Je songeai que nos vies sont multiples : une vie privée ; une voire deux vies professionnelles ; une vie intime. Que la vie professionnelle nourrit la vie privée qui nourrit la vie intime. Et que le jour où il n'y a plus de vie intime, eh bien nous sommes morts. Rose était ma vie intime : celle qui emplissait la moindre de mes pensées, de mes sentiments et qui, par conséquent conditionnait tout le reste.)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je lui renvoyai le freesbee. Elle fit un bond. L'espace d'un instant j'entrevoyai sa taille – rien n'est plus érotique que le dévoilement soudain d'un corps vêtu. J'eus envie de la serrer entre mes mains, de l'allonger dans l'herbe et de profiter, oui, profiter de l'idée, me nourrir de l'idée, me saouler de l'idée : ce corps était à moi. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle se cassa la figure et rit. Je souris. Je m'allongeai à côté d'elle. Mes yeux tombèrent sur une vision. Je montrai du doigt. Elle devint grave.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;C'est Ostende&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'acquiesçai, doucement. Elle pencha la tête sur le côté.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Ainsi c'est ça, Ostende&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-8771486237072333897?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/8771486237072333897/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/iv.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/8771486237072333897'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/8771486237072333897'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/iv.html' title='IV.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-997328020919729280</id><published>2009-03-20T13:50:00.000-07:00</published><updated>2009-03-20T13:51:21.463-07:00</updated><title type='text'>III.</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;Le &lt;/b&gt;&lt;span style=""&gt;coeur de la vieille ville n'était pas la ville même : c'était le cimetière, qui faisait plus du tiers de sa superficie. Ostende était maudite : on n'a jamais compté autant de décès en bas-âge, de vieux morts de canicule, de crashs d'avion, d'écoles en feu et de carambolages qu'ici. Nécropole parcourue de vivants – de futurs cadavres qui venaient savourer leur prochain repos.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je n'ai jamais rien connu de plus reposant que le cimetière d'Ostende. Gigantesque parc envahi d'arbres. Les morts, tombes dispersées. Pierres envahies de mousse. Herbe sans cesse fraîche – nourrie par la décomposition. &lt;i&gt;On&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;ýtur&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;. Un pourri qui pourtant s'exalte et exalte. Esthétique du vomissement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Je me dis qu'on exècre les mouches et qu'on voudrait les voir disparaître, pique-niquer enfin tranquille sous les ormeaux près des tombes ; reste que sans elles la belle balade dans le grand cimetière d'Ostende prendrait vite l'odeur, le goût et la forme d'une exposition dans le grand charnier d'Auschwitz.)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Au cimetière d'Ostende je me suis avant tout oubliée. Rester seule, un peu. Goûter à la beauté et à l'essence de la solitude. Tout en pensant à Rose, éperdument, penser à Rose jusqu'à n'exister plus, penser à Rose jusqu'à n'être plus que cette pensée, et voler, voler, devenir atomes, la pensée de Rose au coeur de mes yeux même, mes yeux explosés, myriade d'atomes&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Dans l'Avant peut-être il y avait des parcs. Je ne me souviens pas. En tout cas, je suis sûre, jamais je n'ai connu extase plus frénétique que dans celui d'Ostende. Courbes et couleurs. Variations et particules. Le gris émeraude des tombes au milieu du bleu jade des ormeaux, du blanc des fleurs de cerisier qui, elles aussi volaient, volaient. J'étais prise au piège par la contemplation et c'était ça, l'extase.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Personne ne disait rien quand on s'asseyait sur les tombes. Je m'y allongeais. J'écoutais les coeurs qui ne battaient plus. Je contemplais le ciel. Violet. Sombre. Prêt à éclater ; nourri de particules nécrotiques.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; C'était un monde étrange. Les fantômes y stagnaient. Ils vous souriaient – ou agitaient la main (quand ils n'avaient plus de tête). Il faut s'immobiliser. Laisser son âme et son corps se tasser. Oublier qu'on existe. Et écarquiller le regard. Et ils apparaîtront. Ils vous dévisageront. Ils souriront. Ils vous feront comprendre qu'il ne faut pas avoir peur. La mort est douce. La mort réconcilie les êtres. La mort se gante et caresse les visages. Il ne faut pas avoir peur. Au creux de la mort la main des êtres qu'on aime se scelle dans la vôtre et les aimés ne s'en vont plus. La mort n'est pas le pire. Le pire c'est de voir disparaître les aimés et de réaliser qu'on devra passer le reste de ses jours sans eux. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose aimait le cimetière. Elle s'y sentait à son aise – ne croisait personne de son entourage. Ses yeux brillaient.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle flânait entre les tombes et s'envolait. Caressait les épitaphes. Mettait le nez dans les fleurs fraîches. S'endormait parmi les fleurs de cerisier ; je la retrouvais des heures plus tard, vaguement inquiète, les yeux brouillés, cheveux constellés de pétales blancs. Me regardait en se demandant où elle s'était paumé. Je frémissais d'extase. Mariage des pétales blancs, des cheveux vermeil et des yeux bleu nuit, et du teint de porcelaine : elle avait l'air d'une princesse gothique.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle tournoyait sous les cerisiers en fleur. Elle oubliait tout. Des heures sans émettre un son, sans faire même un bruit ; juste à tournoyer. Je restais là à la regarder.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Oui. Qu'ils disparaissent. Que tout s'efface. Que le temps fasse oublier. Et la vie redevient poussière.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="center"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;Touche de mes mains tes joues humides&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="center"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt;Douce peau parfumée qui finira putride&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle ne parlait jamais de mort. Avait-elle seulement conscience de la déchirure de la mort. Je ne crois pas. La façon dont elle riait, dont elle restait grave devant les nuances, dont elle plongeait le visage dans les roses trémières ; on ne peut s'accorder à jouir de choses aussi périssables que si l'on oublie la mort. Et la mort elle n'y pensait jamais. Elle accomplissait sans cesse ce miracle : ne jamais penser à la mort. Moi j'y pensais sans cesse. Refrain d'insupportable. Je souffrais le martyre pour deux.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'étais seule d'entre nous à voir les fantômes. Elle bougeait trop. Et quand je lui disais qu'il y avait les fantômes elle riait ; parlait de mes visions, Sainte Thérèse d'Ostende. Je boudais. Puis haussais les épaules : à quoi bon tenter de convaincre celle qui voit l'infime coeur de la vie que soi, on voit jusqu'aux rouages de la mort?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le cimetière était pour elle lieu de jeu. D'extase. De cerisiers en fleur, envol de pétales blancs. Je ne voyais que les tombes grises, pigmentées de mousse. Sous la mousse les cadavres. Dans les cadavres la chair blette. Au creux de la chair le vide. L'éternel vide. Poussière redeviendrait poussière. Les atomes qui s'envolent des chairs blettes, que nous respirons ; dont nous nous gorgeons. Et nous nous pensons sains. Mais nous ne sommes que nécrophages.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle s'asseyait sur les tombes et lissait du doigt les inscriptions fanées. Volait les fleurs dans les pots. S'en faisait des pinces à cheveux. M'envoyait des baisers. Posait. Une fille. Une vie. Infante : l'insouciance.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je la regardais bouleversée. C'était une Infante – &lt;i&gt;hiérinfante&lt;/i&gt; – et elle ne se rendait compte de rien. Comment eût-elle pu comprendre le sacré de la mort?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je l'emmenais voir les enfants.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle s'assombrissait un peu. Considérait un instant les fleurs éparpillées. L'âge des cadavres. Trois ans qu'il est là. Six ans. Cent ans. Des corps et des têtes de mômes à peine émergées, il avait déjà fallu les replonger sous terre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je ne pouvais que chavirer. Je n'ai jamais été pour la perpétuation ; il n'empêche que, savoir qu'un gamin est mort à trois ans, et se souvenir de ce qu'on était à trois ans, était insupportable. Au moins avait-il été préservé des souffrances insoutenables de l'attachement à autrui ; au moins était-il mort sans s'en rendre compte. Mais ce n'était plus qu'une chimère.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Mais nous nous sommes vivantes&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je la regardai les yeux béants.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Mais oui. Nous nous sommes vivantes. Le reste on s'en fiche.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le reste on s'en fichait et ma petite fille était là, insouciante et légère, à virevolter parmi des tombes immaculées d'enfants de trois ans.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Et là aussi, nous marchions indéfiniment.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; L'avantage du cimetière d'Ostende était que, on avait beau s'y rendre tous les jours il restait encore à chaque fois mille beautés à découvrir. Je l'emmenais dans les coins inconnus ; en chemin elle s'extasiait sur nuances et nuées, des lilas rosés aux sépultures violettes. Passait ses doigts dans l'ombre ; riait de voir sa main dissimulée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Il y avait des bancs un peu partout et nous nous asseyions, nous regardions autour de nous et nous ne disions rien. Je glissais ma main dans la sienne et posais ma tête sur son épaule ; elle baissait les yeux. Nous serions restées des heures à ne pas bouger. Le silence avait de ce prodigieux qu'on ne trouve que dans les liens fusionnels : une synchronie au-delà du silence même ; au-delà de l'existence.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je me demandais quelle était la façon la moins atroce de mourir. Il m'apparaissait que mourir ensemble était la clef ; il m'apparaissait même que ce ne serait plus si douloureux, finalement. Que oui, mourir ensemble était la clef. La clef pour ne plus souffrir de l'Issue et, en quelque sorte décrédibiliser la mort – lui ôter tout ce qu'elle avait de solennel et implacable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je songeais à cela la tête posée sur son épaule. Je songeais à cela lorsqu'elle trempait ses lèvres dans son thé à l'orange, les yeux pleins d'amertume. Je songeais à cela quand son ventre avait fini de s'atomiser et qu'elle fermait les yeux sans plus aucune conscience. Et je songeais à cela et je me disais que somme toute nos vies ne s'étaient liées que pour devenir une seule, et que le jour où il faudrait en finir notre vie ne pourrait pas subsister à demi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-family:Times New Roman, serif;"&gt;&lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mourir ensemble. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-997328020919729280?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/997328020919729280/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/iii.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/997328020919729280'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/997328020919729280'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/iii.html' title='III.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-9188507438757555463</id><published>2009-03-20T13:49:00.000-07:00</published><updated>2009-03-20T13:50:02.124-07:00</updated><title type='text'>II. [suite]</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;Écume &lt;/b&gt;était ma meilleure amie mais je ne la voyais qu'à peine. Je n'avais pas besoin de la voir : je la croisais au hasard et c'était l'extase. Avec elle je parlais. Souvent c'était à la bibliothèque.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Rose savait son existence mais ne l'avait jamais rencontrée – n'avait jamais voulu, vraiment, la rencontrer. Ce qui se passait en-dehors de nous elle s'en fichait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je confiais à Écume mes inquiétudes diverses sur Rose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ma peur de la voir disparaître. L'odeur des hommes. Le manque d'elle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le vide sans elle. La mélasse qui m'engluait quand elle n'était pas là. L'impression continuelle de me battre pour rien ; que si elle n'avait pas été là, ma vie se fût réduite à un néant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Écume m'écoutait en silence. Hochait la tête en silence. Fronçait aussi les sourcils, en silence – rarement. Et un seul de ces signes suffisait pour que je comprenne si j'avais bien agi ou au contraire, si ç'avait été regrettable de ma part.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mais elle me rassurait : ma relation avec Rose était la relation idéale – celle où tout s'accorde et où la quintessence célèbre chaque instant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Écume je ne la prenais jamais dans mes bras. Je n'en avais pas besoin. Le lien qui nous unissait était cérébral – à peine besoin de savoir ce qui se passait dans la vie de l'autre : juste la présence pour elle – que quelqu'un remarquât bien qu'elle existât –, et une tombe à confidences pour moi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Puis, quand j'avais fini de me confier, elle disparaissait, et je n'étais jamais sûre de la voir réapparaître un jour.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Écume avait les yeux gris et les cheveux châtain et était si pâle qu'on eût presque cru qu'en posant la main sur sa joue on traverserait tout son visage.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Cette fois-ci ce fut sur hors-d'Ostende.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je lui confiai mes inquiétudes. Rose rêvassait trop à là-bas. Rose voulait s'échapper d'ici. Rose voulait notre mort. Je laissai échapper quelques larmes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Écume hocha doucement la tête. Je ne le vis pas mais ses yeux s'assombrirent. Elle allait me dire ce qui se révéla crucial.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Pour la première fois sa main se posa sur mon épaule. Je relevai le regard. Plus aucun mot ne pouvait sortir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Son contact était aussi insignifiant que celui de la mouche quand elle entreprend de dévorer l'épiderme encore frais.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Pencha légèrement la tête sur le côté et je me figeai, hypnotisée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Tu crois vraiment qu'elle veut votre mort&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je ne secouai même pas la tête. Je ne pouvais faire aucun mouvement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Rose c'est une enfant. Il faut la protéger, c'est sûr. Mais il faut aussi lui faire découvrir le monde. Sinon, quand elle l'aura en face, elle s'écroulera tellement elle aura peur&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Mais le monde l'aurait-elle un jour en face, étant donné que je serais &lt;i&gt;toujours &lt;/i&gt;là pour la protéger?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle secoua la tête. &lt;i&gt;Rose c'est une enfant. &lt;/i&gt;Plongea ses yeux dans les miens : je crus me dissiper.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Rose c'est une enfant mais si tu la protèges trop, elle ne grandira jamais et elle étouffera et tu la perdras. Tu la perdras pour &lt;/i&gt;toujours&lt;i&gt;. Et à ce moment-là il n'y aura plus de raison de la protéger, plus de raison aucune&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je m'offusquai : mais puisque je ne la perdrais jamais! Puisque je l'aimerais toujours! Toujours!&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Si tu crois que ça suffit&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Son regard était si empreint de déchirure que je songeai à son prénom. Écume. À la base c'était tout sauf un prénom. C'était un résidu. Les ultimes résidus d'une mer évaporée qu'on saisissait sans le savoir sur la peau et qu'on finissait par retrouver là, asséchés à leur tour, squelettes de rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Je songeai surtout qu'Aphrodite était née de l'écume et que par conséquent en matière d'amour mon Écume à moi était bien plus versée : sa chair, &lt;i&gt;medulla&lt;/i&gt;, comprimée par les douleurs de l'enfantement du monstre.)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je baissai la tête. Tout ce que je cherchais, c'était la protéger. C'était protéger notre amour, sa fragilité, l'immaculée fragilité qui risquait l'embourbement par la seule intrusion d'une présence hostile.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Elle plissa les yeux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je regardai mes mains. J'hallucinai comment sans le savoir j'avais vieilli. Ces mains un peu marquées qui se poseraient autour du corps de Rose et lieraient son âme à la mienne. Et rien ne nous séparerait jamais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Puisque tu en es si sûre prouve-le&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; L'orgueil qui couvait en moi remua, joliesse des tentacules arrondies et pleines d'air&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; Puisque tu en es si sûre prouve-le&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Air de défi, une musique insoutenable plana quelques instants et passa, &lt;i&gt;on n'aura bientôt plus le temps&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;on n'aura bientôt plus le temps&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Écume disparut. Je retournai à mon travail. En moi les tentacules sourdes et pleine d'air de l'orgueil, gonflaient gonflaient jusqu'à sembler vouloir éclater. Elle m'avait mise au défi : je ne pouvais pas ne pas le relever.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Les lignes dansaient devant mes yeux &lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;On n'aura bientôt plus le temps&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; et formaient une main qui me désignait du doigt&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;i&gt; Puisque tu en es si sûre&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je tournai la tête, à gauche et à droite. Mes oreilles étaient pleines de voix. Mais rien. Écume était partie, pour de vrai : elles étaient dans mon crâne les voix.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'abandonnai mon livre. Faire un tour. Mon crâne était entravé de piques.   &lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Les rues du centre-Ostende sentaient l'embrun, ce même embrun qui plusieurs fois avait balayé nos corps – accès démentiel du vent, nocturne. Une pluie fine traversa la rue, pluie d'embruns je frissonnai : j'avais oublié mon gilet.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ostende n'était pas descriptible. L'essence même de ses rues (leur aspect leur sentiment le goût du goudron) n'était pas descriptible. On ne pouvait que devenir tourbillon transpercé par l'embrun – mêler sa sueur aux rues et rien d'autre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; L'identité est un carcan. On vous donne un prénom, un nom, un lieu de naissance, un sexe et une date. Totalement dans l'impuissance vous vous devez de sourire et de dire merci, sachant qu'à jamais vous serez déterminé par vos matricules.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Sauf si vous refusez et disparaissez. Sauf si vous arrachez votre identité et devenez autre : non, je ne m'appelais pas Jusquiame et je n'étais pas née à Ostende – seulement si on prenait en compte l'Avant. Si l'on oubliait l'Avant, si c'était l'Avant lui seul qui avait disparu, alors tout changeait : oui, mon prénom était Jusquiame. Et oui, j'étais née à Ostende. Ostende mon sang coulait dans ses veines. Je ne pouvais pas être née autrepart.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Un autre envol d'embruns me transperça.  Je respirai. Spectre salé, adouci, nostalgique qui me ramena des années en arrière. La première fois où je m'étais &lt;i&gt;perdue &lt;/i&gt;à Ostende. C'était la même rue (mais toutes les rues d'Ostende se ressemblent) et je me demandais ce que je fichais là. Pourquoi je ne rentrais pas &lt;i&gt;chez moi&lt;/i&gt;. Les larmes coulaient, coulaient et je restais là, en pleine nuit, à me demander. Les yeux sur le vide de ma vie. Et il était passé une nuée d'embruns. Et j'avais fermé les yeux et j'avais respiré. Et cela m'avait emmenée encore plus loin, là où l'obscène. Et j'avais secoué la tête et rouvert les yeux. J'avais cessé de pleurer. Et je m'étais dit que pour faire ainsi cesser de pleurer, Ostende n'était pas comme le reste du monde. Le reste du monde on arrive on pleure, on repart on pleure. À Ostende on s'arrête de pleurer. Je trouvai ça digne d'intérêt.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je m'étais arrêté dans un café au hasard et j'avais mesuré la douceur des gaufres et du thé à l'orange, semblables à nulle autre gaufre, nul autre thé ; empreinte indélébile d'Ostende sur tout ce qui y échouait. Même des regards vagues sur une carte postale. On déboulait là sans savoir ; on restait toute la vie sans savoir ; mais on ne rentrait jamais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je m'étais ainsi engluée dans la toile d'araîgnée qui me ferait renaître. Puis j'étais sortie dans la rue et j'étais tombée amoureuse de Rose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; C'était des années auparavant. Je mesurai le chemin parcouru – dans une enclave. Une enclave. Ostende était une enclave et nous n'avions fait que tourner en rond. Toujours les mêmes histoires. Le même cycle. La même vie. Naissance croissance décrépitude mort. Notre amour en viendrait-il, telle une spirale, à s'étioler sous l'effet perpétuel du retour sur nous-même? J'écarquillai les yeux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; La lassitude. Voilà pourquoi je sentais, parfois, Rose si lointaine.  Elle s'ennuyait. Elle voulait juste se divertir. Voir à quoi ressemblait Ostende du dehors. Je me rassurai un peu : quand elle aurait vu ce que ça valait, elle rentrerait à la maison en courant. Elle comprendrait pourquoi je lui interdisais de sortir. Après tout c'était une enfant, Écume avait raison : il fallait qu'elle apprît. Quitte à se faire mal. Le problème était : je n'ai jamais aimé être sadique. Mon coeur se serra un peu. Mais, pensai-je (et je fus étonnée de réaliser à quel point le timbre de voix d'Écume et le mien étaient proches), ce serait pour son bien. Lui faire du mal serait pour son bien. &lt;/span&gt; &lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-9188507438757555463?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/9188507438757555463/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/ii-suite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9188507438757555463'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9188507438757555463'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/ii-suite.html' title='II. [suite]'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-9070654894906511655</id><published>2009-03-15T05:56:00.001-07:00</published><updated>2009-03-20T13:48:33.488-07:00</updated><title type='text'>II.</title><content type='html'>&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt;&lt;b&gt;Je &lt;/b&gt;l'accompagnai parfois dans son monde, la nuit, lorsque le lendemain nous pouvions dormir ensemble. Ces instants furent presque pour moi des joies ; bien qu'elle me prévînt : ça n'avait rien à voir avec ce que je pouvais connaître de la vie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ostende by night. C'était étrange, en effet. Autant la journée, vague station balnéaire qui devenait particules de Rose quand la quintessence ; mais la nuit : ce n'était plus Rose ; Ostende by night nous échappait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ostende est une ville de pavés. Pour nous rendre jusqu'au lieu où elle travaillait, nos pas claquèrent dur. J'entends encore mon coeur cogner et ma tête brinquebaler, se creuser : pourquoi je viens. L'impression de pénétrer dans un lieu auquel je n'eusse jamais dû accéder.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Complaintes d'Ostende by night. Oraisons. Dégradés atmosphériques. Je me surpris à ressentir à pleine puissance le parfum de Rose, m'en gorger : me donner du courage.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'allais enfin savoir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Enseignes au néon et lumière artificielle : plein coeur de la ville. L'été. Elle portait une douce robe et je voyais ses épaules et j'eusse voulu poser mes mains sur ses épaules, signifier au reste du monde c'est à moi ; mais je n'osai pas la toucher. Elle me lança un regard bienveillant et sourit : ses pensées étaient claires, elle était là pour me protéger, elle me défendrait jusqu'au bout, personne ne me ferait jamais de mal.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Son maquillage la dissimulait. Moi qui savais son vrai visage je ne l'eusse plus reconnue, s'il n'y avait eu ses yeux, et son sourire, tout ce qui émanait d'elle : il n'y en avait qu'une comme ça.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ostende by night nous échappait mais ça n'empêchait pas Rose d'émaner davantage, c'était ça le paradoxe : Ostende n'était plus, elle existait d'autant plus fort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je n'osai pas même lui tenir la main – son corps était une aura dans le néant, une entité qui me guidait dans ce néant ; la nuit dans son monde il ne m'appartenait plus ; je n'avais plus droit que de le contempler. &lt;/span&gt; &lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; La seule chose dans Ostende by night avec laquelle j'étais en osmose était son âme. Je ne la regardai même pas dans les yeux ; je savais qu'elle pensait pareil que moi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Quelqu'un la hêla. Elle se retourna. Sourit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Fit les présentations. Je rougis. Je me sentis mal. Ce n'était pas mon monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Et en plus, la façon dont elles se lorgnaient, je n'étais pas dupe, elles avaient très certainement couché ensemble.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; D'autres se pointèrent. À chaque fois regard joyeux. Regard stupéfait, aussi, devant ma carrure d'intellectuelle. Regard envieux. Regard vide : certaines étaient déjà bourrées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; On me prit par le bras et l'on m'envoya valser dans un univers qui me sidéra à n'en plus finir et qu'aussitôt j'adorai de tout mon être.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; C'était la boîte gay et lesbienne d'Ostende. On y croisait tout ce qui d'habitude n'osait pas sortir de chez soi : les efféminés qui plaisaient même aux lesbiennes, les lesbiennes qui plaisaient même aux efféminés, les transexuels et les hermaphrodites. Tout ce monde vivait sur lui-même, joyeux et oublieux du reste. Quel contraste avec ma vie morne à la bibliothèque! Je respirai. Grâce à Rose je respirai.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Plonger dans son monde l'avait complètement changée. Elle jetait des regard illuminés à droite à gauche et piaillait, un verre d'alcool à la main, qu'elle descendait à une vitesse prodigieuse. Chez nous on ne buvait jamais. On ne piaillait pas non plus. Ce n'était que silence et quintessence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je n'ai jamais tout à fait su en quoi consistait son travail. Je savais qu'elle se produisait. Elle avait une voix merveilleuse. Elle dansait. Mais je ne la vis jamais. Je n'eus de son univers que ces visions : un verre à la main, une voix cassée et suraiguë – cigarette –, des rires en cascade et un tourbillon. Le maquillage dégoulinant. Et moi assise dans un coin, à me demander pourquoi elle m'avait emmenée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; La réponse venait d'elle-même : parce que ce lieu la terrifiait. Parce qu'elle avait besoin de moi. La terrifiait malgré son engouement, sa joie  ; apparents : la vérité était celle-ci, elle n'était au milieu de tout cela qu'une petite fille hypnotisée par le vide, à se demander s'il lui fallait sauter ou s'écarter de la falaise ; une petite fille qui tournait les yeux de tous côtés pour trouver sa mère et lui demander son avis. La mère c'était moi. Et quand je n'étais pas là, elle n'avait qu'un choix, autant dire aucun : sauver les apparences. Alors que son coeur était en proie au malaise le plus profond.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je la sauvais. Ce qui ne l'empêcha pas de ne pas me remarquer et de tourbillonner toute la soirée sans venir me voir. Je haussai les épaules : ma présence lui suffisait. Nous n'avions pas besoin de nous parler.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;ul&gt; &lt;ul&gt;&lt;li&gt;&lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;   &lt;span style="font-size:100%;"&gt;C'est ta copine?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;/li&gt;&lt;/ul&gt; &lt;/ul&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; À la greluche à demi bourrée qui lui balança cela, Rose eut un drôle de sourire. Sans doute la trouvait-elle ridicule. Elle hocha la tête. Mon coeur s'emballa. Elle ne m'avait pas oubliée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ladite greluche me regarda de haut en bas. S'esclaffa. Rose haussa les sourcils ; puis les épaules ; et se remit à rire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Ce n'était pas mon monde. Ce ne le fut jamais. Mais je voulais faire plaisir à Rose : je restai. Et j'appréciai.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Moi lesbienne, la beauté qui rythma ma vie fut toujours les femmes. Les hommes n'ont jamais eu aucune place. Sauf dans cet univers-là où les hommes n'avaient des hommes que le sexe ; où les lesbiennes étaient bien plus masculines. Autrement dit, je fus pétrifiée par la beauté des drag-queens. Oui, vraiment, monde étrange que celui de Rose ; où des hommes plus femmes qu'hommes avaient leur place.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je restai longtemps le nez en l'air, à les contempler. Les filles – si filles par leur facilité à cracher du venin – ricanèrent. Je m'en fichai. J'étais bien. C'était l'univers de Rose. C'était son univers et je l'aimais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le coeur de la vieille ville. Nous n'avions pas l'habitude d'y graviter : elle trop éprise de nuit, moi trop prise de travail ; nos yeux s'étaient deshabitués à voir les beautés extérieures. Le coeur de la vieille ville n'était pas notre monde. Juste un lieu de passage où nous arrivions à nous perdre ; rarissimement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Main dans la main nous examinions avec curiosité les alentours. C'était ça, &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; monde. Des gamins qui couraient ; des femmes hétéros, avec des landaux ; des hommes, &lt;i&gt;des vrais&lt;/i&gt;, à tenir la main des femmes hétéros. Nos étions encore protégées ; ce monde appartenait à Ostende ; il était création de Rose et ne nous ferait jamais de mal.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Les gens ne nous remarquaient pas. Nous nous asseyions à la terrasse d'un café quelconque et nous demandions un thé à l'orange ou la vanille. C'était un temps doux ; une petite brise. Nous nous pressions la main sous la table. Nous regardions Ostende.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; J'entendais son coeur battre dans sa poitrine et ses pensées bruisser. Elle écoutait. Léger sourire. Serrait ma main, le regard vague. Puis fermait les yeux et buvait son thé à l'écorce d'orange – on fermait les yeux les larmes venaient, &lt;i&gt;les orangeraies d'Espagne&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Je lui caressais doucement les cheveux. Je la contemplais, elle le regard concentré sur le breuvage. Elle était belle. Si belle. Petite musique. Sur sa peau le blafard, et le rose, et le bleu atteignaient le sublime du contraste : variations d'infini, que j'eusse aimé immortaliser pour toujours.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Il me reste une photo de cette époque. C'est une matinée timide comme on en voit peu. Elle est assise à une terrasse de café, une énième terrasse de café. Elle regarde l'objectif et a un sourire ; mais on la sent loin.Son regard est vague, comme à son habitude. Son sourire est flou. Son visage est tendu comme si elle allait pleurer. Si je ne l'avais pas connue d'un bout à l'autre, rien qu'en regardant la photo j'eusse été sûre qu'elle était malheureuse à crever. Mais il n'en était rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le plus improbable à Ostende restait le ciel. Au coeur de la vieille ville il atteignait des paradoxes impénétrables. Veloutés d'argenté, patinés ; endormi dans des draps gris. Presque beau.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; L'argenté était la nuance préférée de Rose. Quand il y avait de l'argenté elle ouvrait grand ses yeux et grand sa bouche et elle restait sans voix. Une enfant devant le stand de barbapapa – barbapapa de fils d'argent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Quand le ciel était à son point le plus démentiel dans la gradation de l'argenté elle n'existait plus. C'est à ce moment-là que j'ai dû prendre la photo. À l'instant précis où subsistait un dernier écho d'elle – avant qu'elle ne disparût. Cette photo je la garde précieusement. C'est le symbole de toute ma vie. Considérer l'infini et s'extasier devant le coeur du beau ; avant de, oui, disparaître à jamais. Pour un peu je pourrais penser, jouer avec les mots, que non contente d'être au coeur de la ville à contempler le coeur du beau, elle y dévoile en plus le coeur de son âme : une enfant, comme dans la nuit, perdue devant l'immensité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; &lt;i&gt;Regarde –&lt;/i&gt; et elle tendait la main et elle montrait du doigt et son regard était grave. Son regard dans le mien. Je tombais d'extase.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; (Un seul regard d'elle et je disparaissais)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Le plus souvent ce n'était rien, un détail ou un alliage de couleurs, ou une nuance drôlatique. Alors je regardais. Je ne voyais pas ce qu'elle voyait mais je regardais. Je m'extasiais. Pas pour le détail mais pour elle. Elle était l'Infante. Ses yeux explosaient. Son visage était le sien seul. Elle vivait. Elle était. À l'instant où nous disparaissions elle était, encore plus fort que lorsque nous existions.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;  &lt;p style="margin-bottom: 0cm; font-style: normal; line-height: 150%; text-decoration: none;" align="justify"&gt; &lt;span style="font-size:100%;"&gt; Après elle s'assombrissait. L'extase était un état aussi périssable que le bonheur, telle inexistence : une fois passée on n'en garde que traces. Elle s'assombrissait et elle regardait loin. Là-bas pensait-elle qu'il y avait l'existence. Là-bas s'accomplir. Hors d'Ostende.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-9070654894906511655?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/9070654894906511655/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/ii.html#comment-form' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9070654894906511655'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/9070654894906511655'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/ii.html' title='II.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-3798662285383837548</id><published>2009-03-15T05:52:00.000-07:00</published><updated>2009-03-15T05:55:29.217-07:00</updated><title type='text'>I. [suite et fin]</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous habitions quelque part entre la plage et la ville, coeur stratégique dissimulé sous des chênes et enfoui dans les massifs de fleurs : une vraie forteresse, imprenable – indestructible sauf en cas d'implosion.&lt;br /&gt;Je n'ai connu qu'une maison à Ostende – autant dire que je n'ai connu qu'une maison. Les rares fois dans l'Avant où j'y ai séjourné furent dans des hôtels miteux. Il n'y a pas d'hôtel classe à Ostende. C'est une ville pour paumés. C'est une ville pour quiconque n'a aucune place ailleurs, se sent dépossédé et erre dans un espace-temps indéfinissable tant qu'il n'a pas trouvé Ostende. C'est le but de toute existence. Sauf que toute existence ne le sait pas : et c'est pour cela que sur terre il y a tant de haine, tant de bêtise et tant d'yeux vides.&lt;br /&gt;Il faut avoir la chance en soi pour trouver Ostende. Ou une sérieuse prédestination. Somme toute ça doit être ça, le jansénisme : trouver sur son chemin au bon moment la bonne personne au bon endroit. Et là on comprend qu'on est élu. Et qu'il ne vous restera plus qu'à mourir le jour où on ne sera plus élu. Le jour où ce ne sera plus la bonne personne au bon endroit au bon moment. Le jour où on se fera éjecter du moi ici maintenant et qu'on se sera enterré dans un personne nulle part jamais. Et à ce moment-là on comprend que le bonheur est l'élément le plus triste du monde.&lt;br /&gt;Mais quand on le vit on ne songe pas à ça. On s'enferme dans la forteresse du moi ici maintenant. On sourit. On caresse le visage de l'Aimée. Et rien ne compte plus que le moi ici maintenant ; on a oublié tout ce qui n'a jamais eu de lien avec l'Aimée ; on ne songe pas à l'avenir, on ne songe pas que c'est une folie, on ne songe pas que ça puisse s'arrêter un jour ; on ne fait que jouir.&lt;br /&gt;Le plus horrible est quand on s'est rendu compte que jouir est passé – déjà passé –, que le moi-ici-maintenant n'a jamais existé et que tout ce qu'on a vécu est mort.&lt;br /&gt;Pourtant dans mon regard tout paraît encore si vivant. Il me suffit de fermer les yeux et je revois. La maison-forteresse. Elle vit encore. C'est moi la forteresse. C'est moi qui la contiens. Mais ça n'a plus d'importance.&lt;br /&gt;Il y a les pas de Rose qui frôlaient le sol, soupirait la terre d'extase. Ses mains quand elle s'occupait des fleurs irisées, se déchirait la peau aux épines. Ses cheveux relevés. Ses épaules à la douce pente où j'allais poser mes lèvres, enveloppe blafarde et duveteuse où de temps à autre s'imposaient quelques morsures, remontée riche du sang pour mieux mettre en valeur l'immaculé.&lt;br /&gt;Elle s'asseyait au milieu des plantes et y enfouissait la tête. Je n'osais pas la déranger. Je savais : elle y était heureuse. Son retour au dénuement après les boîtes de nuit. S'oublier dans les fleurs. Laisser dégringoler la masse de ses cheveux. Les épaules rachitiques, toujours saillantes. Bonheur.&lt;br /&gt;Puis, quand enfin après des heures elle relevait la tête, j'aspirais son suc et je devenais elle.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous avions trouvé la maison par hasard. Il nous avait juste fallu jeter un oeil dedans et nous avions su, c'était la maison.&lt;br /&gt;Nous eussions pu subir les pires attaques au-dehors et les pires outrages, ou Ostende déchaînée et des colonnes de feu s'élever au-dessus de la mer, il nous aurait suffi de nous engouffrer dans la maison et de claquer la porte et là plus de tempête, plus d'outrage, plus de douleur : la maison nous berçait dans son ventre.&lt;br /&gt;C'était une antre emplie de parfums – douceurs qu'on saisissait sans trop en savoir la provenance –, de tintillements et de brises qui s'étiolaient aux abords des joues. Nous nous serrions l'une contre l'autre et nous avions chaud. Je respirais son parfum à elle, creux de sa nuque : mélange d'écorces d'orange et de muguet, sucré et piquant, soupirs d'arc-en-ciel bleuâtre – larmes aux yeux.&lt;br /&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;center&gt;Je me parle ou presque&lt;br /&gt;Comme si c'était toi&lt;/center&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;p&gt;Et ces mots s'échappaient de mes lèvres, creux de son oreille, mots que je ne comprenais pas, mots dont j'ignorais la provenance mais qui venaient quand même ; mots doux, mots étranges, encore aujourd'hui gravés dans sa tête.&lt;br /&gt;Du moins puissé-je encore l'espérer.&lt;br /&gt;Qu'elle se souvienne de moi.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-3798662285383837548?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/3798662285383837548/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite-et-fin.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/3798662285383837548'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/3798662285383837548'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite-et-fin.html' title='I. [suite et fin]'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-2479661942791210608</id><published>2009-03-15T05:49:00.000-07:00</published><updated>2009-03-15T05:51:37.210-07:00</updated><title type='text'>I. [suite 2]</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La lumière lorsque nous faisions l'amour n'était qu'incendie. J'ouvrais les yeux plaisir en moi et l'univers était feu ; or vif, resplendissant ; rouge sang. Flashs. On ne pense pas, on ne peut pas penser lorsque l'on fait l'amour ; on ne voit que flashs, éclairs, essence des choses, particules des l'air : le microcospique et le grandiose de ce qui le reste du temps est gris. J'ai suffisamment connu les femmes et fait l'amour pour savoir que ce n'était pas qu'avec Rose ; sauf qu'avec Rose l'essence dépassait l'essence : avec Rose l'essence était quintessence.&lt;br /&gt;Faire l'amour fut toujours part majeure de notre vie et c'était à chaque fois la quintessence, savoir qu'elle était dans mes bras, dans mes bras seuls et qu'elle était la seule à me faire toucher à la quintessence.&lt;br /&gt;Je savais qu'elle me trompait. Je n'en avais cure. La fidélité ne résidait pas pour moi dans l'exclusivité, la fidélité était gravée dans la peau, certes on allait voir ailleurs mais on savait, on savait dans les bras de quelle personne on souhaitait mourir. Je retrouvais sur elle le parfum d'autres femmes, parfois même d'hommes mais je haussais les épaules : elle ne se souvenait pas de leur nom ; encore moins de leur visage.&lt;br /&gt;Je ne la trompais pas. J'avais mieux à faire. Ou plutôt si, je la trompais avec les livres : je prenais un pied infini avec Virginia Woolf et Kundera, ils délectaient ma chair et, quand je les quittais j'avais encore envie d'eux. Mais jamais, avec aucun d'eux je n'ai touché à la quintessence. Dès que Rose était là, le monde n'était plus.&lt;br /&gt;Après l'amour nous passions un temps infini à nous regarder. C'est la folie quand on a touché à la quintessence. C'est inscrit sur le visage – enfin pas le visage : le regard. Le regard qui si le visage est morne contient encore en lui toute l'étincelle. Explosion qu'on tente de frôler du doigt, ne fait qu'exploser davantage. Elle riait, me demandait de m'approcher, je lui prêtais mon oreille et elle me murmurait des choses qui me faisaient rougir. Je lui souriais. Elle parlait un langage que je ne saisissais qu'à peine : celui de la nuit. Je ne disais pourtant rien pour y entendre davantage : elle était souvent ivre et la moindre de mes questions la faisait pouffer de rire. Et ça lui faisait plaisir quand je lui souriais. À ces moments-là elle se penchait vers moi, m'embrassait de travers et disait que j'étais belle. Puis elle s'endormait dans mes bras. Instants sacrés.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Toutes ces années nous nous regardâmes sans pouvoir jamais regarder autrepart, rien ni personne d'autre ; ne pouvoir regarder que nous-même ; quintessenciel le regard de l'autre, quintessenciel au point que s'il n'était plus là tout serait néant.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La regarder quand je me réveillais était exception et privilège. Il y avait des jours où elle rentrait plus tôt que prévu, quand moi je dormais encore et que je ne l'entendais pas rentrer, évanouie dans un profond sommeil ; elle se glissait dans les draps et s'endormait. Et je me réveillais quelques instants ou mille ans après et je savais tout de suite qu'elle était à mes côtés.&lt;br /&gt;Il y avait ces pieds gelés ; ces cuisses tièdes qui venaient se coller aux miennes et ces mollets lisses. Et ce dos incurvé qui quand j'en écartais les couches de tissus apparaissait dans toute sa splendeur. Cette taille qui n'avait jamais enfanté et n'enfanterait jamais ; cette nuque duveteuse. Pas une rugosité ; pas une cassure. Une Infante.&lt;br /&gt;Je suivais du doigt la cambrure de son dos et elle frissonnait dans son sommeil, imaginant peut-être s'enfoncer dans un cube de glace ou devenir la proie d'un serpent, succomber aux délices de l'étouffement, du venin, de la possession ou de l'engourdissement, s'offrir à la mort, accepter la mort&lt;br /&gt;Je ne sais si elle rêvait de moi. Quand je ne faisais que la regarder son visage était paisible. Presque un sourire. Je n'ai jamais eu autant de paix en moi qu'en contemplant des gens qui dormaient. A fortiori Rose. Son visage apaisé était un paysage où du haut de mon rocher je tombais ; profitais de la vue dans ma chute ; m'écrasais dans l'horizon.&lt;br /&gt;Ensuite la vie m'appelait et je me levais sans aucun bruit pour qu'elle gardât son visage apaisé. Je m'habillais en quatrième vitesse et je revenais m'asseoir sur le lit une dernière fois, contempler son corps. De temps en temps légers frémissements. Souriait parfois. J'eusse aimé rester là pour toujours. Mais la vie devait reprendre.&lt;br /&gt;Et qu'elle était brutale alors cette vie, quand après cela elle devait reprendre. Sursauter. S'apercevoir de l'heure. Prendre ses clefs à gauche et son portefeuille à droite et sortir. Courir. Arriver au travail l'haleine dispersée. Les yeux amaigris à tomber de leurs orbites. La peau défraîchie. Qu'elle était brutale cette vie lorsque je me réveillais tout à fait et que dans le sursaut de nirvana qui accompagne l'éveil absolu je me rendais compte que Rose n'en était qu'une infime partie, un point scintillant qui ne parvenait pas à aveugler face à la mélasse térébrante qui engluait le reste de mon existence.&lt;br /&gt;Car on abaissait les yeux et c'était vrai, mélasse térébrante, un engluement, une pensée silencieuse et assombrie : sans Rose Ostende n'était plus qu'un paysage gris emrubanné de miel noirâtre ; cendré ; charbonneux ; laid et pisseux.&lt;br /&gt;Avant elle j'avais déjà remarqué cette spécificité d'Ostende à dissiper le laid quand on parvenait à ouvrir les yeux comme il le fallait. Mais je ne savais pas pourquoi. Sans elle j'ai su : parce que les lieux elle ne les a jamais quittés. Les lieux étaient imprégnés d'elle. Les lieux étaient elle. Si un jour elle n'était plus, Ostende ne serait plus non plus. Ni la quintessence. Ni moi-même. Moi non plus je ne serais plus. J'étais imprégnée d'elle et j'étais elle, et elle était moi, et ainsi nous étions, homozygotes reliées par le même réseau sanguin – siamoises.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Il y avait son corps et je plongeais dedans, et je m'abîmais et je n'y trouvais que dépossession, c'était l'existence, la quintessence et je sentais, vérité gnomique, je n'avais besoin que de cela pour vivre.&lt;br /&gt;Il me suffisait de me trouver au tournant de la falaise – c'était l'époque où il y avait une falaise à Ostende – ou sur la descente de la plage et qu'au même instant le vent soufflât, apporter le ressac et des vagues de brume pour que je comprenne que tout ce vent, ce ressac, ces nuées étaient chargés de Rose et m'envoyaient par onde son parfum, les cellules mortes, ses particules pour que j'en fusse imprégnée, pétales moléculaires qui venaient saler mes lèvres et mes joues, mon visage entre ses mains, instant de béatitude.&lt;br /&gt;Mais chaque fois la même chose : la vie reprenait. Au cours de la chute je ne réalisais pas bien. Ce n'était que quand l'instant était véritablement passé, quand la vie avait véritablement repris, que je réalisais à quel point la douleur : l'instant était passé et il ne revivrait plus, et peut-être était-ce la dernière fois qu'un tel instant avait eu lieu.&lt;br /&gt;On a tort de voir un quelconque côté positif au bonheur. Certes c'est très beau ; certes c'est merveille ; mais il faut songer que quand ce sera fini, ça ne reviendra jamais. Et qu'il faudra vivre avec ce poids-là : subir à chaque seconde le bonheur dans sa tête alors qu'on sait très bien que ce visage entre vos mains, ces lèvres qu'on caresse et qu'on embrasse, là, sont en réalité depuis longtemps à pourrir dans une boîte.&lt;br /&gt;J'eus de la chance. Je n'eus jamais à subir sa mort. Mais la chance a ses revers : chaque instant où elle n'était pas là, je songeais à sa mort. Et chaque instant où je songeais à sa mort les visions se surpassaient dans l'horreur.&lt;br /&gt;On ne devrait subir que la mort de ceux dont on n'a rien à faire. Et vivre la mort des vôtres, de ceux qui vous sont chers comme si ce n'était pas grave. Comme presque un sourire. Un jeu. L'aimé serait parti dans la pièce d'à côté et il ne vous resterait qu'à trouver la porte pour le rejoindre.&lt;br /&gt;Tout ça pour dire que quand elle n'était pas là, ma vie, si elle avait le malheur de loucher sur le présent, ma vie était un enfer.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous marchions indéfiniment entre les dunes.&lt;br /&gt;Si l'on oublie qu'elle a une âme on ne peut s'empêcher de trouver Ostende jolie. Du moins quand on est habitué. Il faut s'habituer aux immeubles gris qui longent la plage ; à la plage elle-même, dure et graveleuse ; aux échos étouffés. Il faut s'habituer à l'idée qu'à Ostende votre corps soit séparé de votre âme et de la flamme qui prouve votre existence : votre regard. Vos trois entités séparées pour mieux vous faire ressentir.&lt;br /&gt;Nous étions habituées, Rose surtout et les immeubles nous les avions oubliés depuis longtemps. Il suffisait de se glisser entre les dunes, de s'y allonger et de fermer les yeux. Et un écho : paroles de Brel, Le plat pays, dernier terrain vague&lt;br /&gt;Le dernier terrain vague mais nous y étions, c'était Ostende le dernier terrain vague, c'était Ostende qui nous dépossédait de l'inutile et ne nous laissait que notre corps, notre âme et notre regard, séparés, à errer loin, formes indistinctes.&lt;br /&gt;Notre corps préférait l'or salé des sables pour se perdre et s'enfouir, il n'y avait jamais personne entre les dunes, nous nous y enfouissions et notre corps fondait peu à peu, et quand il était évaporé des relents d'eau de mer venaient balayer l'air.&lt;br /&gt;Notre âme bouleversée arpentait les rues et sentait l'air et s'attristait presque d'entendre les corps fondus, petite mélodie qui faisait grat grat en notre tête.&lt;br /&gt;Notre regard n'en avait cure et contemplait le vide. L'inexistence. Pour mieux savourer l'apophtegme : nous n'étions pas l'irréel. Nous étions nous. Et nous n'existions que par nous-mêmes.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Les dunes étaient un point d'ancrage où de notre corps dissous jaillissait notre âme, et notre regard, sur la même longueur d'onde nos vies ébahies.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je la regardais. Petite fille silencieuse. Immobile. Dormante. Je la regardais et mes yeux se brouillaient soudain, je la regardais et je comprenais, que le temps passé sans elle était du temps mort, le temps d'à présent s'était arrêté, une image figée, un écho sonné, le temps, le temps, moi ici maintenant, je nous aime à présent –&lt;br /&gt;Son visage entre mes mains et elle me souriait. Elle se détournait très vite. Les yeux emportés par l'horizon, les côtes désertes là-bas au loin. Elle songeait. Son sourire. Peu à peu effacé. J'ai réalisé plus tard qu'elle n'avait souhaité pendant toutes ces années qu'une chose : sortir d'Ostende. Et c'est à cela que j'ai réalisé son degré d'amour pour moi : à chaque fois que je le lui interdisais, elle ne bronchait jamais. Elle acquiesçait. Elle comprenait. Elle était un peu triste mais elle comprenait. Elle finissait par me sourire. Mais son regard restait vague, à s'oublier dans la contemplation des côtes désertes, là-bas au loin, des côtes sèches, arides comme tout ce qui n'était pas Ostende. Son coeur battait avec les lieux. Les lieux qui eussent tant voulu s'envoler. Mais qui étaient des lieux : qui ne pouvaient pas devenir d'autres lieux. Qui se devaient de stagner. De garder leur point d'ancrage ; leurs racines. À quoi, surtout, il eût été difficile de greffer des ailes. Pouvait-on parler d'envies suicidaires? Elle savait qu'en sortant d'Ostende rien ne serait plus jamais comme avant. Mais la tentation était grande. Mais aussi, je savais : elle aimait la vie. Sortir d'Ostende était, resterait pour elle de l'ordre du fantasme : quelque chose d'irréalisable qui court-circuitait sa tête pendant qu'elle dormait, quelque chose qu'elle me montrait du doigt en souriant du fond des yeux. Elle ne fut jamais aussi belle que dans ces instants-là. Et folle : une lueur de démence autour d'elle. Une sainte dans un sérail.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Parfois sur les vagues de dunes une écume de glace : la neige. Les matins où ça arrivait elle ne rentrait pas : je la retrouvais, quand je sortais de la maison à tournoyer, infante. Tournoyer la chevelure cage à flocons : ses boucles bordéliques qui emprisonnaient la blancheur et devenaient à leur tour blanches, frissons ; étiolées. Elle s'allongeait dans la neige et ses cheveux disparaissaient sous les flocons, j'y enfouissais mon visage ; jusqu'à devenir gisante et à étouffer dans l'épaisseur de la neige. Nous avons souvent fait l'amour là, partagées entre la chaleur de nos ventres et nos bras frigorifiés.&lt;br /&gt;Elle se plaisait dans la neige. Tremblotante en amassait une poignée. La contemplait à fondre sur sa paume, contemplait les flocons, éphémères : telle une poignée de poussière qu'on eût fait se disperser, main ouverte. Contemplait sa poignée. Grave. Soudain consciente : la neige fondrait. Alors elle contemplait et gardait en elle l'image, la douce image de la neige en fusion.&lt;br /&gt;Elle se cachait dans les herbes hautes et parfumées du jardin et s'y endormait ; le corps alangui ; ses courbes en harmonie avec la terre, sur son visage la paix, ses cheveux à peine effleurés par le vent. L'été. L'hiver c'était dans la neige : je l'y trouvais à contempler et j'arrivais à temps, jsute avant qu'elle ne virât au bleu et ne s'y endormît pour de bon. Elle se réveillait ; puis venait sangloter dans mes bras, à ma grande incompréhension. Je lui caressais les cheveux. C'était une toute petite fille dans ces moments-là ; une toute petite fille qui recherchait mes bras pour s'y enfouir.&lt;br /&gt;Et telle une toute petite fille qu'on aurait mis sous ma protection : je redoutais de la laisser sans surveillance. C'était la vie qui voulait ça ; mais je tremblais à l'idée de ne jamais la voir revenir ; j'étais heureuse, la plus heureuse du monde quand elle était là. Et elle aussi ; ça se voyait ; elle n'était heureuse qu'avec moi ; elle me souriait, posait sa tête au creux de mon épaule et s'endormait. C'était ça aussi, la quintessence.&lt;br /&gt;Dans ces moments-là je lui caressais les cheveux et je la berçais. On dit que les couples de lesbiennes reproduisent un schéma mère-enfant ; c'est faux ; dans un couple de lesbiennes les deux sont mère-enfant. Les deux se protègent. C'est le nid. C'est l'utérus. L'une vient à mourir l'autre meurt avec. Le couple absolu.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-2479661942791210608?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/2479661942791210608/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite-2.html#comment-form' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/2479661942791210608'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/2479661942791210608'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite-2.html' title='I. [suite 2]'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-319625256281577379</id><published>2009-03-15T05:48:00.001-07:00</published><updated>2009-03-15T05:48:38.684-07:00</updated><title type='text'>I. [suite]</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Je ne suis pas née à Ostende. Je n'y ai pas vécu d'enfance. Je suis née autrepart, là où il n'y a pas de nom ; là où je ne m'appelais pas Jusquiame.&lt;br /&gt;J'ai vécu mes premières années dans des contrées lointaines où semble-t-il le ciel était si bas qu'on rien qu'en tendant la main pouvait le frôler, sauf que l'envie n'était pas : incolore et dégobillateur. Il pleuvait souvent et le paysage n'avait de cesse de se délaver, déjà huileux et dégouttant qu'il était.&lt;br /&gt;Je n'ai pas de souvenir de l'avant-Ostende. Je n'ai de souvenir de l'avant-Ostende que l'instant où je contemplai un tableau de Turner, dernière époque, pour l'unique fois – mon corps et mon âme et mes yeux atomisés par une vision certes huileuse et dégouttante, elle aussi mais qui comportait une différence : une lumière telle que le ciel bas, on eût aimé s'y perdre et s'y évaporer. C'est à cet instant-là que je compris que ma vie était à Ostende et que le reste du monde était gris. En vérité le nom d'Ostende ne s'imposa que plus tard lorsque j'eus visité le monde et que je me rendis compte que tout y était gris. Je n'avais vu qu'une fois Ostende, à l'occasion d'une brève escapade ; j'y avais ouvert les yeux et mon corps et mon âme avaient suivi, sous la couche de poussière grise il suffisait de s'oublier et le vent soufflait et toute la poussière se désagrégeait et apparaissait l'essence : la véritable Ostende.&lt;br /&gt;Un choc. Je fuis longtemps. Je fuis jusqu'à oublier l'essence et m'y retrouver des années après, au hasard. Et ce fut le même choc. Et je fuis à nouveau. Cycle maudit. Année après année. Jusqu'à ne plus pouvoir fuir : avoir rencontré Rose et compris que ma vie était à Ostende, que cette fuite était dûe au refus, à la peur de me confronter à moi-même – devenir par l'essence de la terre l'essence même de moi, cet être sublime qui prenait feu au contact de Rose.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-319625256281577379?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/319625256281577379/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/319625256281577379'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/319625256281577379'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i-suite.html' title='I. [suite]'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-4967704653808004064</id><published>2009-03-15T05:44:00.000-07:00</published><updated>2009-03-15T05:47:35.687-07:00</updated><title type='text'>I.</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La vie fit qu'elle s'appelait Rose et que je m'appelais Jusquiame. Je n'ai jamais compris le pourquoi de ce prénom. Ça ne lui allait pas ; elle était blanche comme les lys et ses cheveux, vermeil ; sa bouche d'un rouge sang ; ses vêtements d'un noir de jais et ses yeux, aussi bleu nuit que peut l'être la nuit.&lt;br /&gt;Elle était belle et vivante. Je ne peux croire qu'un corps et qu'une âme fussent à ce point possédés de vie : toujours une poussée, un bourgeonnement constant qui ne cessait de s'épanouir et tendre vers le Ciel.&lt;br /&gt;Le plus grand était ses yeux qui, dès qu'ils me happaient ne me lâchaient plus ; restaient écarquillés ; et resplendissaient. Ce n'était pas moi. C'était elle. Je perdais mon regard dans le sien et elle explosait.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Elle s'allongeait entre les dunes et restait là, ses cheveux démentiels démontés par le vent – à sans cesse tourbillonner puis, brusquement s'abattre sur son visage. Je le délivrais, rabattais une à une les longues mèches et je l'embrassais.&lt;br /&gt;Il est inutile de raconter notre rencontre. C'est une rencontre qui se fit comme tant d'autres, au milieu de gens, lien à lien et branche à branche, pour finir par nous croiser, nous embrancher nous-mêmes. Le crucial n'est pas là. Le crucial est dans la façon dont nous nous embranchâmes : tout de suite un ineffable besoin, la sensation de mourir quand l'autre n'était pas là – la drogue absolue, celle de toucher le corps, de pénétrer l'âme et de plonger, se constituer prisonnière du regard. Les doigts qui bruissent et tremblent et, le visage qui quand on le touche du bout des doigts tremble à son tour et fond.&lt;br /&gt;C'est avec Rose que j'ai appris ce qu'était le désir.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nos deux vies étaient d'une radicale différence.&lt;br /&gt;Elle était un papillon de nuit. Les femmes s'emprisonnaient dans ses bras qui repartaient aussitôt. Elle butinait l'alcool et la musique et les heures impossibles avec délectation ; et elle rentrait les yeux gonflés, aux trois quarts sourde, un sourire sur son visage.&lt;br /&gt;Je passais mes journées dans une gigantesque bibliothèque où personne ne venait jamais à archiver, déchiffrer, bouquiner. Je caressais les mots et je m'envolais. C'était un rêve. J'eusse aimé me gorger de mots pour toujours.&lt;br /&gt;Je rentrais en milieu d'après-midi. Elle se réveillait. Je m'asseyais au bord du lit et j'attendais. Elle ouvrait d'un coup les yeux, le regard hagard et demandait si je l'aimais.&lt;br /&gt;Je répondais oui. Elle m'attirait dans ses bras et nous restions là. Je crois qu'elle pleurait – sujette au cauchemars récurrents ; abonnée pour l'éternité. Je la berçais. Ses yeux se refermaient – puis elle finissait par se réveiller, pour de vrai et me demandait pourquoi elle était dans mes bras. Je lui parlais des cauchemars. Elle secouait la tête et fronçait les sourcils. Elle ne se rappelait rien.&lt;br /&gt;Il se passait des heures où nous ne faisions pas grand-chose , où moi je m'oubliais dans un livre et elle se plantait devant la télé. Nous parlions à peine. C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai encore le souvenir de son corps, de son sourire et de son regard, du moins quand tout accepte de ressurgir ; mais que j'ai oublié sa voix, depuis longtemps.&lt;br /&gt;Elle arrêtait de temps à autre de s'envoler dans l'écran, et posait ses yeux sur moi. Je levais la tête. Je lui souriais. Elle restait grave – puis fondait ; s'approchait peu à peu et finissait par s'évaporer sur mon ventre. Et quand elle disparaissait de la sorte, je fermais les yeux et le monde devenait blanc.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Nous errions corps contre corps le long des plages d'Ostende. Ostende avait cette particularité absolue d'être laide ; mais qu'il suffisait de fermer les yeux et d'ouvrir les narines et les oreilles et les mains et alors tout apparaissait, l'odeur anis de la mer, son murmure sanguin, le vent aux ondulations blanches de sel. Les odeurs d'Ostende. Quelques-unes rébarbatives (sperme, déjections, pierre sèche) ; mais la plupart extasy, sable vieil or et ciel écarlate et horizons pourpre et présent, moi, ici, maintenant, rouge sang, le rouge des lèvres de Rose – la couleur pure. Ces quelques instants-là je ne les aurais vécus qu'au gré des odeurs.&lt;br /&gt;Nous errions longtemps. Nous errions le long du tram qui longeait la côte belge ; nous songions à ce tram qui un jour pourrait nous emmener loin d'Ostende, quand nous n'en pourrions plus, quand nous sentirions que notre amour serait trop grand pour se déployer dans un seul lieu – quand ses racines ici auraient pris tant d'ampleur que nous ne pourrions que fuir, échapper à l'étouffement. Nous errions jusqu'à pressentir que nous étions sur le point d'aller trop loin, commettrions un acte prématuré, pour lequel nous n'étions pas prêtes : sortir d'Ostende.&lt;br /&gt;Je n'étais pas née à Ostende et je savais à quel point le monde hors d'Ostende était trop dangereux et trop instable pour qu'on l'affrontât sans y être prêt.&lt;br /&gt;Elle était née à Ostende et ne savait pas ça. Frêle ; encore innocente.&lt;br /&gt;Raison de plus.&lt;br /&gt;Je lui prenais la main et je l'attirais à moi. Restait pourtant longtemps fascinée, les yeux grands ouverts, le corps et l'âme tendus vers l'hors-Ostende. J'insistais. Le moment venait où je savais qu'elle allait craquer – alors à ce moment-là, je l'emprisonnais dans mes bras, son visage entre mes mains, et je l'embrassais, de toutes mes forces, à prier pour qu'elle oubliât. Et ça marchait : elle finissait par oublier. Elle se déshabillait, envoyait valser ses vêtements n'importe où et se jetait dans la mer. Et son corps était une maigre chose blanche qui apparaissait parfois sous la surface trouble ; une maigre chose blanche que je contemplais, évaporée d'amour et de désir, le corps comprimé.&lt;br /&gt;Il y avait le moment où elle sortait sa tête de l'eau et me regardait, l'air un peu inquiet&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Tu ne te baignes pas&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Je secouais la tête. Je ne m'étais plus baignée depuis mon arrivée à Ostende. Elle me lançait un regard aux échos tristes ; puis replongeait. Elle restait dans l'eau des heures. Je m'étonne qu'elle n'y ait pas fondu.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La plage d'Ostende était insoutenable. Été comme hiver elle était insoutenable. C'était là que rêgnaient les couleurs ; là que la vie poussait, s'épanouissait : sa déflagration. Un instant de lumière, tout devenait aveugle, tout était révélé en son essence même et nous saisissions que nous étions les seules à avoir le droit d'y être initiées ; puis plus rien. Ostende redevenait l'Ostende qu'on connaît : laide et barricadée, enclos et forteresse ; sable incolore.&lt;br /&gt;Elle s'asseyait sur le sable, prenait une poignée et laissait glisser de ses poings crispés, émerveillés du polychrome et de la douceur. Petite fille. Je m'asseyais à côté d'elle et j'arrangeais ses cheveux, décoiffés, quelques mèches lui avaient recouvert les yeux ; elle sourcils froncés ne remarquait rien, absorbée par sa poignée. Jusqu'à ce qu'elle levât des yeux pleins d'une tristesse qu'elle eût voulu dissimuler ; elle lâchait sa poignée et dessinait du doigt ; puis effaçait, distraite. Je n'ai jamais su ce qui la tourmentait. Je ne faisais alors que la prendre dans mes bras, poser ma tête contre son épaule et lui assurer que je l'aimerais toujours. Elle secouait la tête&lt;br /&gt;On ne peut pas être sûr d'aimer toujours&lt;br /&gt;Et mon coeur se brisait mais je n'affectais rien, je ne faisais rien d'autre que la serrer davantage dans mes bras et lui affirmer que moi, c'était moi, que je n'étais pas on et que moi je savais qu'il n'en serait pas autrement, que moi je savais que je l'aimerais toujours. Elle souriait. Elle ne me croyait pas.&lt;br /&gt;J'abandonnais et je l'embrassais, je n'ai jamais fait que l'embrasser, je l'embrassais jusqu'à ce que nos corps s'emmêlent et que les couleurs et les odeurs deviennent floues. Et je l'embrassais encore et encore. La plage d'Ostende ne doit avoir retenu que ces arômes-là de nous : nos salives emmêlées, nos lèvres mordillées et nos mains et nos corps qui se cherchaient, à s'assurer qu'ils existaient pour de vrai et que rien, jamais rien ne viendrait briser cette réalité-là.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Ces instants furent rares. Nous avions deux vies par trop différentes pour parvenir à nous retrouver réellement ; nous ne nous voyions que quelques heures par jour ; davantage était miracle. Le reste du jour je n'étais pas malheureuse : je rêvais à elle ; je ne rêvais que de l'instant où je la retrouverais, je rentrerais à la maison, à ce moment-là elle ouvrirait les yeux et me demanderait si je l'aimais, je répondrais oui, alors elle se rendormirait et je lui lisserais les cheveux, puis elle se réveillerait pour de vrai et m'attirerait contre elle. Et mon corps à moi se disloquerait et il n'apparaîtrait plus que le sien, mon corps absorbé par le sien et elle fermerait les yeux et je fermerais les yeux et ce serait la lumière.&lt;br /&gt;Quand je me réveillerais à mon tour il serait encore trop tôt pour qu'elle fût rentrée, je resterais à contempler le noir et la brume et les légères irisations bleu nuit du ciel en sommeil, à Ostende les nuits n'ont jamais eu de cesse d'être bleu nuit, je regarderais le ciel et alors je songerais que tant de sombre manquait bien d'un peu de Rose.&lt;br /&gt;Et là mon coeur se serrerait.&lt;br /&gt;Et là j'attendrais encore.&lt;br /&gt;Elle rentrerait quand je m'apprêterais à partir, juste le temps de croiser nos regards, le mien encore épris de sommeil, le sien brouillé d'alcool, juste le temps d'un faible sourire et ce serait la déchirure. Je crois qu'elle me manquait, à cet instant-là : la déchirure, la séparation, peut-être que ce serait la dernière fois où je la verrais eh bien non, je m'en irais quand même, persuadée que la dernière fois n'arriverait jamais.&lt;br /&gt;Et chaque jour semblable. Chaque jour passé à jouir d'avance – seule – à l'idée de la retrouver le soir. C'est ainsi semble-t-il que s'est construit ma vie : une succession d'attentes – toujours comblées, certes mais qui une fois comblées laissaient place à des attentes similaires. Je n'ai fait qu'espérer. Tremblant que cet espoir finît par ne jamais être comblé à force d'espérer.&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-4967704653808004064?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/4967704653808004064/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/4967704653808004064'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/4967704653808004064'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/i.html' title='I.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-8431268298489940968</id><published>2009-03-15T05:43:00.001-07:00</published><updated>2009-03-15T05:43:52.644-07:00</updated><title type='text'>Prélude.</title><content type='html'>Je ne suis pas née à Ostende. La vie m'y a conduite et m'a fait y rester. Cette vie qui me regarde et s'efface.&lt;br /&gt;Je n'ai jamais fait que passer à Ostende – y passer si souvent, y stagner tant de temps que j'y ai perdu mon corps et qu'il s'y balade, les yeux vides, sans plus aucune conscience. Grâces soient rendues, ce n'est pas mon âme. Il vaut mieux ne jamais perdre son âme à Ostende.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ostende. Longues plages irrégulières de sable gris. Immeubles. Mer déchaînée, trouble. Pluie&lt;br /&gt;Un cimetière.&lt;br /&gt;J'ai toujours aimé Ostende. Je ne peux pas dire pourquoi. S'asseoir dans le sable froid, saisir dans ses mains, laisser couler : il n'y a rien de plus terre-à-terre. Pourtant Ostende. Ville de fantômes. Peut-être est-ce tant cela qui fait son mystère – son attrait : parce que les souvenirs s'y conservent un peu, rien qu'un peu plus longtemps qu'à l'ordinaire.&lt;br /&gt;Mes fantômes.&lt;br /&gt;Je ferme les yeux. Il fait blanc. Il n'y a rien. C'est si bon de sentir qu'il n'y a rien – que tout est vide. C'est si bon de sentir que soi aussi, on n'est qu'un fantôme.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-8431268298489940968?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/8431268298489940968/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/prelude.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/8431268298489940968'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/8431268298489940968'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/prelude.html' title='Prélude.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-2678784123524834823.post-4165018296909215584</id><published>2009-03-15T05:39:00.000-07:00</published><updated>2009-03-15T05:42:15.651-07:00</updated><title type='text'>Citations et dédicaces.</title><content type='html'>&lt;div align="center"&gt;&lt;br /&gt;A François Choquet&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;On ne trouve pas la paix en évitant la vie&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;em&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Nicole Kidman, in &lt;em&gt;The Hours&lt;/em&gt;, Stephen Daldry.&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;*&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;em&gt;Nunc duo concordes anima moriemur in una&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="center"&gt;&lt;em&gt;&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/em&gt;Ovide, "Narcisse et Echo", in &lt;em&gt;Les Métamorphoses&lt;/em&gt;, III.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/2678784123524834823-4165018296909215584?l=disparaitre-roman.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/feeds/4165018296909215584/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/citations-et-dedicaces.html#comment-form' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/4165018296909215584'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/2678784123524834823/posts/default/4165018296909215584'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://disparaitre-roman.blogspot.com/2009/03/citations-et-dedicaces.html' title='Citations et dédicaces.'/><author><name>Alyce DeVore</name><uri>http://www.blogger.com/profile/17367736973421436677</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='32' height='24' src='http://1.bp.blogspot.com/-HCOXKp438pw/TWLQRDNI-cI/AAAAAAAAAL8/A5MiC_fnVjc/s220/image_sb_20.jpg'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
